08 mars 2017

Stavanger, d'Olivier Sourisse

Mise en scène de Quentin Defalt, avec Sylvia Roux et Thomas Lempire.

Qu’évoque pour vous Stavanger ? Un patronyme, un pays ? Une localité improbable du Sud-Ouest de la Norvège ensevelie une bonne partie de l’année sous la neige, mais qui n’aura pratiquement rien à voir avec la pièce.
Une démarche onirique où un homme et une femme au départ totalement étrangers vont s’acheminer vers des re-trouvailles dont on ne saura jamais si elles relèvent de la réalité ou d’une de ces curieuses occurrences qu’offre parfois l’existence. Récupéré sur une voie de chemin de fer où couché il attendait la mort, Simon est conduit par Florence à son domicile. Va s’engager alors un étrange dialogue bien conduit mais parfaitement inracontable. La mise en espace se situe entièrement dans l’habitation de Florence. La simplicité des lumières contribue grandement à créer une atmosphère inquiétante qui convient parfaitement aux échanges souvent glaciaux des protagonistes. Toute la pièce se singularise par une absence totale de chaleur et de véritable affection. Le texte est d’une langue classique mais parfois ponctué de mots un peu trop crus. Comme souvent aujourd’hui une sexualité affichée formate leurs cogitations par ailleurs sérieuses et originales. On aimera la conclusion un peu mystérieuse mais d’une vraie poésie.
Studio Hébertot, 78 bis Boulevard des Batignolles,  Paris 17ème ; jusqu’au 19 mars, du mardi au samedi à 21h et dimanche à 15h. Réservations : 01.42.93.13.04.

02 mars 2017

L’amante anglaise, de Marguerite Duras

Avec Judith Magre, Jacques Frantz et Jean-Claude Leguay.

Le Lucernaire était plein ce soir-là d’amoureux de Marguerite Duras dont ils appréciaient le fait qu’il n’y ait que trois personnages sur la scène. Deux au départ, des messieurs fort en gabarit, auxquels se joint délicatement une dame qui pour son âge parle encore avec une voix divine, commentant avec répartie tout ce qu’ils disent. A peine prend-elle la parole que ceux-ci deviennent de simples figurants de l’action. Malgré leur imposante stature ils s’effacent bien vite sous le flot des propos qu’elle leur bombarde à tout va sur la menthe, cette plante verte qui offre des vertus si bienfaisantes. Et là vous devinez qu’on ne parle évidemment ni d’amant ni d’amante ! L’un de ces deux messieurs est un interrogateur du genre policier, détective chevronné qui aimerait lui faire dire des choses dont elle n’a rien à faire, et de fait il n’obtiendra rien. L’autre du même acabit est son mari. Tous les deux cherchent en vérité à la faire parler d’un crime dont elle est fortement soupçonnée et dont on aimerait connaître la raison. Cette pièce trouve son origine dans un fait divers où une femme tue sans aucun motif connu. Pas facile d’avoir à faire à une pareille créature. On voudrait l’amener à parler de son acte, cependant elle oriente habilement la conversation sur la ‘menthe anglaise’. Mais pourquoi ?
La mise en scène est simplissime. Au centre la dame est assise, en raison de son âge sans doute. De part et d’autre les deux limiers du genre inquisiteur se concertent sur l’orientation de leurs questions et tentent d’interpréter les réponses fulgurantes qu’elle leur assène, les laissant plutôt pantois. La dame répond du tac au tac. Judith Magre est époustouflante dans un tel rôle. Difficile de dénouer le mystère que cette femme entretient systématiquement. Dans un décor sobre, la mise en lumière souligne la façon dont est conduit ce faux entretient et les circonlocutions dans lesquelles s’enferment les protagonistes.
Menée de bout en bout comme une pièce policière avec intrigue, vous serez captivés et au final vous applaudirez debout et à tout rompre, avec un public comblé.
Théâtre du Lucernaire, 53 rue ND-des-Champs, Paris 6ème. Jusqu’au 9 avril, du mardi au samedi à 19h et dimanche à 15h. Réservations : 01 42 22 66 87.

31 janvier 2017

Oncle Vania, d’Anton Tchekhov

Mise en scène : Philippe Nicaud. Distribution : Marie Hasse, Céline Spang, Fabrice Merlo, Philippe Nicaud, Bernard Stark.

Tchekhov ? Vous pensez peut-être La Cerisaie, d’abord mais aussi bientôt Oncle Vania que le théâtre Essaïon nous propose dans sa salle voûtée souterraine au charme fou et à sa scène toute petite. Ce qui fait que la demi-douzaine de personnages y sont à touche-touche et qu’ils font mine de ne rien entendre de ce que disent leurs voisins. Quelques chaises, une table, et le joueur de guitare assis sur scène côté cour. Son talent vous ravira et sa musique vous emportera. Qu’est-ce qu’un oncle pour vous ? Souvent il fait office de parrain et c’est le cas de Vania. Peu causant mais très à l’écoute, notre personnage recueille toute sorte de confidences. Les dames sont très touchantes lorsqu’elles évoquent leur vie de famille plus que difficile. Les messieurs sont d’une jeunesse permanente et discourent de leurs états d’âme. Parfois le ton hausse. Les altercations se font fréquentes, façon russe, à la gestuelle très expressive. Puis tout s’apaise. Oncle Vania, professeur de son état, accompagné de Sonia son épouse sont de retour dans leur résidence campagnarde où ils retrouvent la vie de famille provinciale. Ces retrouvailles donnent lieu à des échanges multiples sur tout et rien à la fois.
Le soir de la générale de presse il y avait foule : amis de la troupe, journalistes et comédiens. La salle était archibondée. Nous avons assisté à une première plus que réussie ; cela s’entendait dans la salle aux commentaires échangés. Cette pièce a été présentée au festival d’Avignon dans une salle forcément plus grande et ce fut un succès. Elle s’adapte néanmoins parfaitement à l’Essaïon et c’est là aussi une vraie réussite.
Essaïon Théâtre, 6 rue Pierre au Lard, Paris 4ème. Jusqu'au 19 mars, les jeudis à 19h30 et dimanches à 18h. Réservations : 01 42 78 46 42.

10 décembre 2016

Figaro, j’aurais mieux fait de rester coiffeur

De Thomas Condemine (à la mise en scène) et Elie Triffault (interprète).
Dans la petite salle Paradis du Lucernaire, un spectacle bâtit sur une double thématique : celle de la liberté et celle du rire. Le rire, constitutif de la nature humaine, est de tous les temps mais prend à chaque époque un style particulier reflet de la société du moment. Sur scène une toile de fond représentant un paysage alpestre, une fenêtre à mi-hauteur ce lui-ci, une table des chaises. Le comédien, Allan, dès le début de la pièce nous sidère par ses talents qui lui permettent d’être successivement une dizaine de personnages, avec pour chacun une voix différente dans le registre qui convient et toujours inattendu. Il raconte avoir quitté son salon de coiffure dix ans auparavant pour devenir acteur et jouer ce rôle de Figaro aux innombrables facettes. Dépassant le Figaro de Beaumarchais, il campe un personnage plus près de notre époque. S’établit ainsi un dialogue entre le passé et le présent dans un seul-en-scène ou les questions majeures du jour sont abordées dans le fou-rire. Le comédien fait mine de ne pas savoir, hurle parfois, se met à rire, adopte des accents étrangers pour des imitations aux intonations toutes différentes nous donnant la réelle impression d’avoir affaire à plusieurs personnages. Au cours de son jeu de scène le comédien soulève le décor pour se glisser derrière, chose qui ne se fait en principe jamais au théâtre. Mais ici il prend cette liberté pour nous décontenancer en permanence. Une pièce dont le sujet plutôt philosophique n’a pas empêché un spectateur d’une douzaine d’année assis au premier rang, de se laisser rapidement captiver puis de s’esclaffer et rire jusqu’à la fin. Nous avons tous énormément ri comme et avec lui. Allez-y vite !

Théâtre du Lucernaire, 53 rue Notre-Dame des Champs, Paris 6ème. Du mardi au samedi à 19h, jusqu’au 14 janvier 2017. Réservations : 01 45 44 57 34.

04 décembre 2016

Barbara... j'ai peur mais j'avance, de Véronique Daniel

Mise en scène d’Alain Bonneval.
Un décor d’une intelligence rare quoique minimaliste, des musiques de fond et d’accompagnement, des lumières très particulières variant du très fort au très faible. Sur scène une table et une chaise tout le temps déplacées sur un tapis de forme trapèze faisant office de zone magique. Derrière sous forme de tenture un clavier de piano vertical.
La comédienne joue d’autant plus superbement qu’elle articule comme ne savent plus le faire les trois-quarts de ses consœurs, et chante a capella de sa voix forte qui ressemble à s’y méprendre à celle de la vraie Barbara. Elle interprète une partie du répertoire de la grande artiste, de son vrai nom Monique Serf, auteur-compositeur-interprète. On est frappé par la symbiose plus que parfaite entre les deux femmes. Dans ses chansons, Barbara nous révèle ses blessures de jeunesse d’une fille dont le père a abusé. Dès l’âge de dix ans et demi, sa vie bascule dans l’horreur. Cela est à l’origine de plusieurs de ses chansons, dont sûrement la plus connue est l’Aigle noir. Véronique Daniel habite pour l’occasion une Barbara confondante de vérité à se demander si parfois ce n’est pas l’une qui est l’autre. Sa gestuelle très étudiée s’accorde parfaitement aux émotions qu’elle ressent. Le déplacement de la table et de la chaise accompagnent judicieusement les chapitres du texte.
Le public est sur un petit nuage. Il fallait bien évidemment trouver une fin à ce spectacle, et Véronique ôtant sa perruque de cheveux noirs et courts redevient elle-même pour saluer le public.
On remerciera une fois encore Jean-Luc Jeener qui milite pour un théâtre chrétien de nous donner ici un spectacle profond qui nous montre les blessures de la vie auxquelles les questions qu’elles soulèvent n’ont d’autres réponses que d’ordre transcendantal.


Théâtre du Nord-Ouest
, 13 rue du Faubourg Montmartre, Paris 9ème. Du 9 au 30 décembre, à 14h30, 19h et 20h45 selon les jours. Réservations : 01 47 70 32 75.

12 novembre 2016

Double lecture : Vingt quatre heure de la vie d'une femme et Les montres de Vérone

Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, de Stefan Sweig.
Avec Jean Reynès, Denyse Roland, Emma Dos Santos, Paul de Montfort.
Sur les planches, une lecture d’une pièce de théâtre peut être tout aussi fascinante que si elle était jouée. Nous en avons eu la preuve grâce à Alain Michel dans son adaptation de cette œuvre de Stefan Sweig. Une musique classique plus que bien choisie nous plonge dans une ambiance envoûtante où les quatre comédiens de cette première partie donnent corps à tout autre chose qu’une « lecture » tellement leur talent élève le texte. La mise en espace oppose deux binômes : à jardin une dame âgée et son compagnon un peu plus jeune, à cour une jeune femme à la voix posée accompagnée d’un homme jeune et avenant. L’alternance des éclairages sur le plateau accompagnent les échanges. Dans une pension de famille au début du siècle dernier, une dame d’un âge certain s’est éprise d’un homme qui pourrait être son fils. Le temps passé en sa compagnie lui ravive toutes ses émotions d’alors. Elle s’en confie à une dame anglaise de la pension qui nous raconte l’histoire avec ce qu’elle voudrait être du charme. Cette heure d’échanges a ravi un public qui a abondamment applaudi.

Les montres de Vérone, de Marie Ordinis.
Avec Alain Michel et Colette Klein.
Deux comédiens sur scène seulement. Tout deux assis de part et d’autre d’une longue table mais jamais debout. Comme dans la première pièce le comédien et la comédienne connaissent parfaitement leur texte. Musique, effets de lumière, et luth dont joue remarquablement celui qui interprète le moine en robe de bure et pieds nus. Face à lui une nourrice en costume d’époque lui narre des souvenirs surprenants auxquels le moine réagit en finissant par lui révéler qu’il est le vrai père de Juliette, l’impossible promise du Roméo de Shakespeare. Le public a suivi d’autant mieux que le texte est d’une grande poésie


Théâtre du Nord-Ouest, 13, rue du Faubourg-Montmartre, Paris 9ème.

03 octobre 2016

Le personnage désincarné, de Arnaud Denis

Avec Marcel Philippot, Audran Cattin, Grégoire Bourbier.
La Huchette nous surprend toujours par le choix des pièces. Ce qui en fait un des meilleurs théâtres de Paris. Depuis trente ans il ne cesse de nous proposer des spectacles de qualité remarquable. Par le titre de celui-ci on ne devine pas d’emblée le sens de la pièce, à savoir qu’un être humain peut-il avoir de l’amour pour un congénère. Mais ne vous laissez pas aller à penser qu’il s’agirait ici de relation reposant sur un quelconque penchant. La chose est beaucoup plus subtile, plus compliquée aussi et bien plus intéressante.
Le décor ne comporte qu’un chambranle de porte au centre du plateau, un portail en quelque sorte, et de chaque côté se situe un mannequin : à jardin une dame à la silhouette fine et élancée, à cour un homme vu de trois-quarts assis et à la peau noire. Deux comédiens arrivent sur la scène par cette porte tandis que le troisième fait son entrée par une porte latérale. Ils évoluent de façon minimaliste tant le plateau est étroit. Leurs échanges verbaux ont un fondement archi-philosophique mais généreux. Tout tourne autour de cette question qui les exalte et les fait vivre : comment peut-on aimer quelqu’un d’autre ? L’auteur utilise le théâtre comme une métaphore de la création du monde. Il se veut un démiurge ayant tous pouvoirs sur son sujet. D’où l’idée de ce portail entre deux mondes où le personnage virtuel devient de plus en plus réel au point qu’il devient difficile de distinguer les deux états. On devine tout de suite que la réflexion va s’orienter vers le destin et le libre-arbitre. Et de fait un acteur sur scène peut-il encore se démarquer du texte, du caractère et des états d’âme de son personnage ? Comment vont évoluer ses sentiments par rapport à ceux de l’auteur ? Quel type de lien voire d’amour va naître de cette dialectique ? De fils à père ou de sectateur à son gourou ? Arguments après arguments, deux des compères en viennent à se saisir du même révolver comme pour tenter de convaincre du bien-fondé de leurs positions. Pour se faire entendre, chacun accompagnera l’expression de sa conviction d’un coup de feu retentissant comme pour clore péremptoirement la discussion : imaginez l’effet dans cette petite salle ! On ne vous dévoilera pas la suite de l’intrigue, elle viendra très vite à vous. D’excellents jeux de lumières contribuent à aiguiser un vrai suspens. Aimer vraiment quelqu’un d’autre, telle est la question à laquelle nos trois comédiens ne répondront évidemment pas, vous laissant quelque peu perturbé dans votre quête de tous les jours.
Théâtre de la Huchette, 23 rue de la Huchette, Paris 5ème. Du mardi au vendredi à 21h, et le samedi à 16h. Réservations : 01 43 26 38 99.

16 septembre 2016

Les élans ne sont pas toujours des animaux faciles

Texte de Frédéric Rose et Vincent Jaspard. Mise en scène de Laurent Serrano. Avec Pascal Neyron ou Laurent Prache, Emmanuel Quatra et Benoît Urbain.

Spectacle dit « spectacle musical ». Appellation devenue aujourd’hui archi-conventionnelle mais à notre avis complètement ringarde, tout juste bonne à séduire nos aïeules qui ne fréquentaient guère que la Comédie Française. Ce titre plus qu’inapproprié est en fait une citation que vous entendrez au cours de ce spectacle qui n’est pas vraiment une pièce mais qui a fait rugir de plaisir les spectateurs le soir où nous l’avons découvert dans ce Lucernaire dont on ne dira jamais trop de bien de la programmation cette année.
Dans une atmosphère cosy, trois musiciens en costume cravate et verre à la main jouent piano, guitare, 'valisophone', chantent et conversent de tout et de rien : du cinéma japonais et des pop-corn, d’un regard qui en dit long et qui parle en alexandrins ; l’un d’eux prétend avoir vu Verlaine la veille ! Un univers absurde, élégant et poétique rythmé par des chansons allant de Trenet à Eddie Cochran, de Nougaro à Gershwin… Ils évoluent sur un plateau encombré de bouteilles d’eau en plastique et autres objets accessoires. On boit beaucoup, ça clarifie sans doute les voix, trois voix d’artistes qui ont la particularité d’être aussi bien de remarquables comédiens que de formidables musiciens et chanteurs. La musique est ici reine. A noter le bon aloi des costumes, rare sur scène aujourd’hui.
Théâtre Le Lucernaire, 53 rue Notre-Dame-des-Champs, Paris 6ème. Réservation : 01 42 22 66 87.

31 août 2016

Le corps de mon père, de Michel Onfray

Ce qui surprend au premier abord est une certaine ressemblance entre le comédien et l’auteur. On comprend que son père, puisque c’est de lui dont il est question, fut un homme peu causant mais ô combien vénéré ! Un amour du père que le comédien rend avec toute la justesse et tout le talent de celui qui sait parfaitement s’identifier avec son personnage. La troublante véracité de son jeu et sa présence quasi envoûtante donne à l’expression de cette piété filiale une force et une profondeur à la fois mystérieuse et chaleureuse. Du coup c’est toute notre enfance et toute notre jeunesse qui ressurgit et nous comprenons subitement tout ce qu’on n’avait pas saisi sur le moment, et combien ces temps-là furent heureux. Le déroulement de l’action pourrait alors s’en trouver ralenti, sans toutefois nous empêcher de vouloir connaître la suite du récit. Mais il n’en est rien.
La scène, toute petite, est occupée par des machines-outils et envahie d’accessoires multiples. Le fils, qui s’identifie à ce père qui était ouvrier agricole, cuisine devant nous du pain - qu’il nous proposera en dégustation à la fin du spectacle - en alternance avec la fabrication d’une structure d’œuvre d’art. Il nous est ainsi donné d’entendre le récit passionné et passionnant de son existence, de son travail et de son amour de la sculpture. Un itinéraire surprenant qui glorifie le travail bien fait pouvant atteindre à la perfection artistique.

Essaïon Théâtre, 6 rue Pierre au Lard, Paris 4ème. Renseignement et réservations : 01 42 78 46 42.

19 août 2016

Les banquiers

Comédie écrite et mise en scène par Nicolas Haut, avec Derek Robin et Matthias Leonhard Lang.
Spectacle plus que malin, dans tous les sens du terme que l’on peut imaginer. Rythmes et déplacements, et surtout beaucoup d’astuces. Le démembrement de tout un système qui nous envoie régulièrement à la caisse. Mais le but du spectacle reste évidemment de divertir même si à travers des sketchs très humoristiques c’est un certain monde de la finance qui est visé.
Les comédiens se tiennent forcément plus droit que droits dans leurs bottes, mais très vite plus que remarquables, désopilants, clownesques dans le bon sen du terme ils deviennent des déménageurs, voire des serruriers honnêtes : pas de ceux que vous appelez au secours à cause de vos clefs oubliées à l’intérieur et dont la note à régler restera carabinée même après menaces et éclats de voix. Avec vivacité ils se déguisent, se transforment à l’aide de ce que l’on qualifie assez injustement d’accessoires ; lesquels sont au départ cachés côté jardin derrière une espèce de paravent multifonctionnel. Ça carbure à en donner le tournis, mais aux Déchargeurs c’est ainsi depuis que l’a voulu Vicky Messica, ce père-fondateur que nous avons tant aimé et dont la voix nous habite encore. Pardon pour une telle déclaration, mais au creux de cet été approximatif, n’oubliez pas vos clefs ; un banquier c’est coriace, mais un serrurier c’est bien pire. Certes il vous permettra de rentrer chez vous moyennant… Bon ! Votre banquier vous apparaîtra alors comme un bon père de famille. Sommes-nous au café-théâtre ? Surtout pas. Nous sommes bien dans le registre d’une comédie plus profonde qu’il n’y paraît et qui donne vraiment à réfléchir. Un excellent spectacle pour cette saison estivale.
Théâtre Les Déchargeurs, 3 rue des déchargeurs, Paris 1er. Du jeudi au samedi à 21h30. Réservations : 01 42 36 00 50.