02 septembre 2003

Et qui pourrait tout raconter ?

Le seigneur Guan va au banquet de Guan Hanqing
Les sept contre Thèbes d’Eschyle
au Théatre de Gennevilliers

Le seigneur Guan va au banquet
Le choix des pièces que monte Bernard Sobel n’est jamais anodin, sa démarche va toujours vers l’autre, et vers l’universel.
Une fois encore il nous met en garde contre la démesure et la folie qui conduisent à la guerre, et le fait d’une manière qui donne à voir, écouter, ressentir, s’indigner, s’émerveiller -le théâtre est le lieu de tout cela- au spectateur qu’il prend par la main.
Un fond de scène orangé, un tapis vert d’eau, neuf personnages en robes chinoises gris-mauve sont allongés, parallèles, têtes dans la main, coudes au sol. Ils dialoguent, s’interpellent.
Y a t-il de la noblesse dans une guerre qui vise à restaurer la dignité bafouée, récupérer le territoire confisqué, redéfinir des frontières contestées. Négocier serait-il possible, au cours d’un banquet où l’on convierait l’antagoniste, quitte à ce que ça se termine mal.
Les comédiens ne sont jamais debout, leur discours qui martèle des noms pour nous exotiques a quelque chose d’incantatoire. Le seigneur Ssuma Huei alias Alain Mac Moy devient inquiétant à force d’être bonasse.
Mi-temps. Les spectateurs sont conviés à enjamber la scène et à aller s’installer de l’autre côté du panneau du fond qui, levé, ouvre sur la salle Maria Casarès. Ingéniosité de la translation, cet autre rituel.

Sept contre Thèbes
Agrippées à des échafaudages de part et d’autre des spectateurs médusés, cinq femmes en noir, voix superbes, disent l’horreur d’une guerre fratricide. Etéocle rappelle la malédiction ancestrale, conséquence de l’inceste oedipien, il profère son texte (traduction de Leconte de Lisle, ample, élégante) tout en arpentant la salle. Un autre personnage accroché dans les cintres commente, éclaireur nécessaire. Le sol vibre, la vibration s’enfle, c’est un effet sonore spectaculaire Le lamento final est psalmodié par les femmes descendues de leurs échafaudages, cheveux dénoués, encerclant les corps transpercés d’Etéocle et de Polynice, les frères de l’inoubliable Antigone.
On n’en sort pas indemne. Les deux lentes célébrations nous ont demandé de faire le vide en nous pour accueillir une parole lucide, peut être même une parole d’espoir .