02 octobre 2003

Comme en quartoze ! de Dany Laurent

Au Théâtre Treize
Une pièce à quatre personnages de femmes plus : un jeune homme, écrite par une femme…ailleurs pareille affiche évoquerait dieu sait quoi avec du «féminisme» à la clé, voire pire. Mais l’auteur est aussi comédienne, et il fallait quelqu’un qui ait pratiqué le théâtre de l’intérieur pour faire tenir debout , parler juste ses personnages, selon son âge, son origine sociale (on est en 1917), pour leur fignoler une histoire à rebondissements sans temps morts longueurs ni lourdeurs, leur inventer un lieu de confrontation qui ne sente pas le fabriqué ou l’exercice de style, les rendre proches du spectateur devenu membre de la famille.

Dany Laurent réussit tout cela. Plus encore, sa recherche de témoignages d’époque nous vaut une évocation à l’authenticité flagrante. Un hôpital près du front, ce 23 décembre, deux jeunes infirmières qui veulent croire que la guerre peut s’arrêter et sont secrètement engagées dans un mouvement pacifiste, une troisième, commère aux réparties à l’emporte-pièce, qui prétend ne s’étonner de rien, et houspille ses aides quand elles font mine de flancher, un jeune homme mi-Thomas Diafoirus bégayeur, mi-ravi pour crèche provençale, second fils de la comtesse, cette veuve de guerre du château d’à côté corsetée dans ses prérogatives, dont le fils aîné va se faire amputer d’une jambe gangrenée . La comtesse sera là plus souvent qu’à son tour, pour être proche de son fils numéro un, soit disant… Dans la salle contiguë on comprend que sont entassés 123 blessés. Les infirmières virevoltent : seringues et bassins, compresses, draps ensanglantés, et menus réconforts : du vrai café, du chloroforme, de la morphine, un remontant, des chansons, et des rêves pour après. La vie sauvée, vécue à tout prix, est entre les mains de ces femmes aimantes, que presque rien n’abat.
On rit, on est ému et saisi par la pertinence de la démarche et des dialogues. La scénographie est une merveille de réalisme poétisé. Yves Pignot, le metteur en scène, a choisi des comédiens qu’il aime et sont parmi les plus doués de leurs générations respectives.