02 novembre 2003

Conversations dans le Loir et Cher de Paul Claudel

Dans le cadre de l’Intégrale de Claudel, mise en scène Geneviève Brunet
et Odile Mallet.
Théâtre du Nord-Ouest.
L’auteur a disparu en 1955, certains des comédiens auraient pu, ont pu le rencontrer. Ils ont vécu son époque et la recréent avec bonne grâce, finesse panache. Et aussi fantaisie, bonhomie, à propos.
Conçu comme un poème, une exploration à six voix, quatre hommes, deux femmes. On converse près d’un fleuve et d’une rivière, dans une maison qu’on imagine alanguie ou au charme revigorant. On s’y parle, s’écoute, on se coupe la parole, on enchaîne sur ce qui vient d’être dit , on rêve à ce qu’on vient de dire ou à ce qu’on va dire. Le temps se suspend, un orage s’annonce, se précise, exile le «petit parlement» qui s’en va se réfugier un temps, pour réapparaître. Les dames s’assoient élégamment par terre, sourient, les messieurs s’interpellent, s’offusqueraient presque de ce qui vient d’être exposé, glosent et sont analytiques, car c’est de l’analyse spectrale de l’occident français qu’il s’agit. L’architecture fin des années 1920, les gratte-ciels américains, les villes en général, les usines, le commerce, les modes de vie, le boulevard de Sébastopol à Paris, «privé de la présence de Dieu» qui file trop vite probablement vers nulle part, Florence et Rome, le péché mortel, les couleurs : le bleu : «froid et comme sucré», le rouge : «trivial et finaud». Les peintres : Turner. Le théâtre, l’art…
Les comédiens habités, charnels se font entendre parce que le verbe est leur vie et qu’ils ont conscience de ce qu’ils font passer de poésie, d’intemporalité, d’éternité souriante. A la fin ils ont tous les six sur deux barques conjointes. Loir et Cher.
Chères, légères dichotomies exploratoires. Un Claudel différent.