22 décembre 2004

La Cheminée de Margarit Minkov (1947-1997)

mise en scène de Pierre Vincent, avec Pascale Poirel et Didier Sipié
au Théâtre du Proscenium.


La Cheminée date de 1990, période charnière pour la Bulgarie natale du dramaturge.
Un intérieur à peine meublé, un canapé, le manteau d’une cheminée béante. Ce qui semblerait l’ébauche d’une scène de jeune ménage entre Iris et Henri, est en fait une tentative de s’entre-expliquer comment le régime - totalitaire, mais on songe à d’autres tentatives de lavage d’esprit - les fait douter de la réalité et de la finalité de leurs existences. Ils dénonceront et déjoueront pièges et absurdités en se réconfortant quasi fraternellement.
Elle, pleine de bonne volonté, s’accroche au bon sens, lui récapitule la situation, puis son imagination s’emballe, la salle s’étouffe de rire. Un début d’exorcisme a eu lieu. La fin est aussi onirique que poétique. Les comédiens sont drôles et touchants dans des rôles exigeants, la mise en scène et la scénographie ingénieuses. La pièce n’est ni anodine ni innocente.
Le Proscenium a misé sur un véritable auteur, de préférence à certains invertébrés contemporains, complaisants et chaotiques, joués ces temps-ci dans les ‘grands’ théâtres.
Reprise à Avignon, festival off en juillet 2005

27 novembre 2004

Les Muses Orphelines de Michel-Marc Bouchard

Mise en scène Didier Brengarth
avec Emmanuelle Bougerol, Stéphanie Colonna, Magaly Godenaire, David Macquart
Théatre Tristan Bernard
Le sujet est poignant : que va-il se passer lorsqu’une mère, veuve, avec à sa charge un fils et trois filles, dont la petite dernière n’a que sept ans, les quitte pour filer le parfait amour avec un fringant étranger ? Ce départ est vécu comme un reniement par la fratrie, dont les membres vont tenter de se construire, chacun de son côté, avec plus ou moins de bonheur. Certains chercheront à ressembler à la déserteuse, ou encore à faire mieux qu’elle, au prix de risques évidents. La maison de famille où ils se retrouvent ce soir a un confort rudimentaire, matérialisé sur scène par un espace central ouvert, mi-salle commune, mi-cuisine et un étage avec des chambres, accessible par une échelle-symbole. Deux des filles y sont restées, (ont-elles vraiment eu le choix ?) au sein de la communauté d’une petite ville canadienne imprégnée de religiosité étouffante. Comment vont s’y passer les retrouvailles, évoqueront-ils leurs souvenirs communs mais aussi leurs failles, leurs échecs. D’où leur viendra l’espoir ? Leur français québécois dru nous vaut des échanges avec rosseries gouleyantes , il sert de défouloir. La tonicité de la pièce naît des dialogues entre des personnages différents, typés, un peu paumés, mais si attachants. Les comédiens ont empoigné leurs rôles avec une joie et un humour évidents, l’émotion est là. Cette pièce emblématique du théâtre canadien devenue mythique est particulièrement goûteuse.

Léonce et Léna de Georg Büchner

Mise en scène Gilles Bouillon
Dramaturgie : Bernard Pico
Avec Catherine Benhamou,Sarah Capony, Judith Siboni, Pierre Baillot, Quention Baillot, Xavier Guittet, Loïc Houdre, Victor de Oliveira.
Théâtre Artistic Athevains
Ce romantique atypique nous avait a été révélé par Brecht, puis par Artaud près de cent ans après sa mort. Gilles Bouillon est un inconditionnel de l’auteur dont il a monté avec ferveur la pièce maîtresse Woyzeck. Il nous replonge dans l’univers onirique de Büchner où le dérisoire et le politiquement incorrect côtoient la poésie naturelle des choses de la vie, mais aussi les coïncidences ou les incompréhensions qui déconcertent. Un jeune prince doit épouser une jeune princesse, le mariage est impatiemment attendu par le roi-père jovial mais un peu gâteux, pressé de passer la main. Après des péripéties-prétextes, chacun des jeunes gens nous ayant fait part de ses doutes assortis de réflexions désabusées ou farfelues, les consentements ne seront échangés qu’à la dernière scène.
La pièce consiste en cette parenthèse que Bouillon, le dramaturge, la scénographe et l’équipe ont peuplée d’images d’un esthétisme rare, de décors évocateurs, astucieux, quasi-magiques. Le tout agrémenté de masques, de pantins, d’accessoires cocasses avec arrêt sur images ou portraits de groupes. Le jeu, la gestuelle, la légèreté et la sûreté des comédiens font du spectacle un évènement superbe et délicieux qui renoue avec le théâtre, le vrai, à la fois ambitieux et généreux.

24 novembre 2004

Vingt-Sept remorques pleines de coton de Tennessee Williams

mise en scène : Véronique Widock
avec Joanna Craciunescu : Flora et Olivier Comte : Jake Meighan et Silvia Viccaro.
Est-il vraiment innocent le choix de cette pièce atypique de l’auteur, laquelle au départ était une nouvelle, puis qui, combinée avec une autre : Le Long Séjour interrompu (ou Le dîner qui laisse à désirer), sera à l’origine du film Baby Doll, aussitôt mis à l’index par le Cardinal Spellman, chef de la communauté catholique des Etats-Unis. Williams y tenait particulièrement puisqu’en 1978 le film redevint une pièce : La Queue du Tigre. Les avatars du personnage central féminin témoignent de cet attachement. Créature pulpeuse aux capacités intellectuelles limitées, Flora est mariée à Jake Meighan, la soixantaine, égraineur de coton dans le Mississipi. L’incendie «providentiel» d’une machine appartenant au Syndicat des Producteurs de la plantation de coton voisine permettra à Jake de récupérer un travail que son gérant Silva Vicarro ne peut plus assurer. Mais Jake, le véritable incendiaire, a passé un contrat tacite avec Viccaro, celui-ci ne le dénoncera pas s’il peut user et abuser des charmes de Mrs Meighan, quand son mari est au travail.
Le tout avec pour toile de fond l’Amérique du Président Roosevelt dont on entend un extrait du discours évoquant l’attaque de Pearl Harbour. Ce même Roosevelt avait décrété une politique de «bon voisinage» masquant un impérialisme total. La domination et la manipulation sont au cœur de la pièce. Jake, être fruste et violent, maltraite sa femme, sous prétexte qu’habituée à ses exigences, ou consentante, elle y trouve son plaisir, Vicarro fera de même, plus habilement mais plus sadiquement encore.
Pas de vrai dénouement, le petit arrangement est destiné à durer. Une machine agricole, un voile blanc, une cage et un siège à bascule en métal constituent la scénographie de ce spectacle au rythme haletant, sur fonds de crépitement de flammes, de sifflements de machines, et de musiques rock.
La mise en scène rend possible le dédoublement du comédien tour à tour fermier et gérant. Olivier Comte est Jake, démarche animale, voix éraillée, il beugle, tout aussi abject que son alter ego, Silva, macho à la grâce de serpent et à la voix enjôleuse. Ioana Craciunescu, vénuste, ardente, femme enfant ou popote, minaudante, ou encore victime à la peau marbrée de coups, aux yeux écarquillées, secouée de rires hystériques, a une vitalité et un métier inouïs. Son interprétation est fidèle aux indications de Tennessee Williams, ses qualités sont celles de ses actrices de prédilection. On se dit qu’il l’aurait beaucoup aimée.

09 novembre 2004

La poison de Sacha Guitry

Mise en scène Henri Lazarini
Au Théatre 14

Une village avec orphéon, un gendarme épisodique, un curé paternaliste, sa redoutable servante, un pharmacien débonnaire et des habitants qui ont soif de voir débarquer les touristes, gages de prospérité (ils seront servis), un horticulteur : Paul Braconnier, la soixantaine, bonne pâte, semble-t-il. Sa moitié depuis plus de trente ans est une harpie gargantuesque, glapissante, ordurière, agrippée à sa bouteille ou cuvant son vin au pied de la table sur laquelle trône la soupière. Elle a juché sur le vaisselier un paquet de mort aux rats, notez-le. Tout est en place, y compris le poste de radio, origine d’ informations qui vont donner des idées à Paul.
Deuxième partie : une salle de tribunal. Présents : l’avocat de Paul, à son centième acquittement dans des procès d’assises, un président de tribunal plutôt dépassé, un procureur madré, les villageois en témoins désopilants. Paul a avoué le meurtre de sa femme perpétré à l’aide du couteau à pain.
La suite : faites confiance à ce redoutable prestidigitateur qu’est Sacha Guitry, sa pièce aux répliques savoureuses ou corrosives est un somptueux hymne à la mauvaise foi.
La troupe manipule des meubles stylisés sur une ritournelle rigolote, la mise en scène est diaboliquement rythmée, la distribution fait se côtoyer des comédiens parmi les meilleurs de leur génération, à qui on rend grâce pour leur jeu gourmand, et des juniors pétillants. La Femme Braconnier est époustouflante, mot faible.
La Poison est un anti-dote pour frilosités, un solvant pour marasme.

07 novembre 2004

La pâte de jujube de Raymond Queneau

conçu, réalisé et interprété par Maurice Antoni
Au Théatre des Cinq Diamants


Nous avions des ressouvenirs du poète, du romancier, de l’essayiste qui s’est colleté à tout ce que le langage propose de genres littéraires patentés, de formes apparemment amicales qu’il a choyées, fait basculer, ou mises astucieusement à mal. Maurice Antoni nous offre une célébration jubilatoire d’un Queneau qu’il a voulu rencontrer au plus intime, qui est tout ce que nous imaginions et plus encore .
Le choix de ces pages tendres, gouailleuses, fantasques, cocasses, méditatives, philosophiques, s’est probablement imposé à lui. Soit une courte heure et demie où s’aidant d’accessoires symboliques ou insolites, voyez la «harpe coupe-œufs durs et tabouret tap-tap» (le surréalisme a transféré ou restitué aux choses des pouvoirs auxquels les hommes avaient renoncé), il nous prend en otages très vite consentants. Comédien magnétique dont on guette chacun des gestes élégants, il arbore un sourire amical, un brin énigmatique, et l’escorte de gestes et d’attitudes de danseur-né. Si son corps parle, il chante avec son âme, simplement ou affectant l’humeur d’un rappeur, d’un chanteur des années quarante, d’un amoureux de Bizet. Sa voix entame, et quand il dit les alexandrins de façon authentique et inspirée, ils sonnent clair.
Le spectacle amadouerait les plus effarouchés de ceux pour qui la poésie est restée ou devenue un vague souvenir d’enfance.

02 novembre 2004

La cantatrice chauve d’Eugène Ionesco

au Théatre des Déchargeurs
Mise en scène d’Arnaud Denis
L’anti-miracle, c’est qu’à la création, en 1950 on ne se soit pas rendu compte que c’était l’œuvre d’un génie, on avait eu Molière, Shakespeare, alors… forcément, c’est une anti-pièce.
On y a vu un défouloir pour post-ados que l’école selon Jules Ferry et l’université dans la foulée avaient horripilés, un exercice de style, un sous-produit du surréalisme. On a ri mais la cruauté du propos nous est un peu passée sous le nez. Voilà qu’elle revient en force grâce à Arnaud Denis et ses comédiens, la plupart formés par Jean-Laurent Cochet, maître en pirouettes masquant des blessures peu ou prou refermées.
On est dans l’indicible double scène de ménage brillamment larvée, soit les Martin versus les Smith ou les Smith contre les Martin. Capitaine des pompiers et Mary la bonne, inclus.
Ca «vanne» à tout va, mais avec l’amour des mots pesés, parfaitement employés, passionnément aimés, à l’inverse de ce qui pollue ces pièces improvisées, non-écrites, d’un début de saison 2004-2005 qui font rire mais d’un rire gras.

La biscotte d’Antoine Beauville

avec Antoine Beauville et Larra Mendy
à la Comédie République

Soit un quidam moyennement fan de café-théâtre et plutôt méfiant. Malgré ou à cause des compte-rendus élogieux de la Biscotte lus dans la presse il redoute une farce avec pitreries colmatant un texte-prétexte joyeusement indigent. Pinailleur, bougon, il serait une version soft de François Coulon, l’affreux célibataire en charentaises de la pièce. A cinquante ans celui-ci est installé dans un confort minable fait de mesquinerie et de tricheries. Faux-cul, il a un mépris apparent pour son entourage (excepté sa Maman et son ami Xavier, et encore).
Le but de la comédie classique était de montrer comment on corrige les individus en les amenant à admettre leurs travers. L’auteur, Antoine Beauville, est un homme de théâtre dans la bonne tradition qui applique la recette. Avec un humour à la Coluche ou à la Jean Yanne et un aplomb infernal, il «est» François et mouille la chemise.
Les cabrioles, gags, clins d’œil et bons mots masquent une réflexion juste voire douce-amère.
Sa rédemptrice, prénommée « Elle », a des abords d’ange gardien un brin péremptoire.
C’est Larra Mendy, lisse mais à l’envers voluptueux. Elle amendera François sur un mode burlesque et effectuera une mutation décoiffante à la fin, laquelle est habilement amenée.
Un feu d’artifice, une mise en scène pétaradante pour fable ou conte moral salubre. Deux comédiens ébouriffants. Un cocktail de remèdes pour votre bougon-pinailleur.

Pawana de Jean-Marie Gustave Le Clézio

Mise en scène de Dora Petrova
Avec Raymond Acquaviva et Maxime Bailleul à l'Espace Pierre Cardin
Transformer un récit simple, lyrique en pièce de théâtre et vouloir lui ajouter une dimension de plus relève du défi. Ici pour le relever, le découpage du texte, conçu comme un journal, et la façon dont les deux officiers de marine l’un plus âgé et l’autre un très jeune homme, se le répartissent, en se relayant sur scène, leur jeu sobre, le décor, les éclairages, les ombres, les rares musiques vont dans le même sens : communiquer un effroi salutaire devant la majesté des baleines, redire leur épopée, sœur de celle que nous a contée Herman Melville dans ses romans. La lâcheté, l’inconséquence ou la cruauté des hommes sont la trame de cette histoire de beauté, de mer, de sang et de mort.
La langue de Le Clézio est ample, d’une grande hauteur, l’émotion y est contenue, mythes et métaphores abondent. Il évoque les rorquals allant mettre bas leurs petits dans les eaux tièdes du Mexique, les lagunes, les voiliers, les chaloupes, les marins, les harpons. Les dates, les noms des lieux, des personnages, tout est romantisme et exotisme. Il est encore question d’«amours qui ont eu leur cours», de «secrets perdus», «d'êtres qui tuent ce qu’ils aiment», «qui aiment ce qu’ils ont tué». «Il y a un temps pour tout», «c’était autrefois», «plus rien ne sera jamais comme avant» ; la méditation s’achève, elle a été servie par Maxime Bailleul lumineux et touchant, et Raymond Acquaviva plus sombre et prophétique.
Une aventure littéraire fascinante, même si elle est peu théâtrale.

20 octobre 2004

Les Bonimenteurs

Jean-Marc Michelangeli et Didier Landucci
Au Théatre de Dix Heures

Dans le hall on vous demande d’écrire sur un post-it une bribe de phrase, point de départ d’improvisation pour les deux compères. Plus qu’astucieux, ils ont en réserve des sketches impeccablement écrits, rôdés qu’ils y grefferont et tricoteront avec vos suggestions. Vous n’y verrez que du feu, s’il n’était l’étincelle dans leurs yeux quand ils se déclenchent au quart de tour. La scène est un ring sans cordes, avec des chaises et des serviettes. On s’épongerait entre les rounds. Airs italiens roucoulants des années soixante-dix , c’est parti pour une demi-douzaine d’épisodes. Ca ne s’arrêtera que quand la scène et la salle seront K.O. De bonheur.
Jean-Marc Michelangeli s’est inventé un personnage de bon garçon, mais un brin grande gueule, genre Monsieur Loyal, qui se la joue. Ca ne se passera pas plus bas que la ceinture, prévient-il, ça volera plutôt au-dessus des têtes, là où ça élucubre. Ca le fera, au trot enlevé, comme dans la glorieuse commedia dell’arte, dont l’impro est la petite fille.
Didier Landucci, acolyte hurluberlu et gaffeur bredouille mais s’écrase quand le grand a parlé. Hourrah ! voilà que le rapport s’inverse. Suspense et délectation.
Jongleries verbales façon exercices de style, l’amour du langage et des vraies situations de théâtre, aucune des trivialités d’un certain café-théâtre. Un binôme bondissant qui mouille la chemise pour nous offrir ce spectacle fignolé au goût de fou-rires et de Dom Pérignon.

11 octobre 2004

L’épreuve et Les Sincères de Marivaux

Mise en scène Béatrice Agenin
Au Théatre 14


Les comédiens qui avaient joué Les Sincères en 1739 créèrent l’Epreuve en novembre 1740. Béatrice Agenin enchaîne les deux, respectant la chronologie.
La première pièce troubla les contemporains qui dénoncèrent un «ingénieux dialogue», voyez la grande scène où deux amoureux vantent leurs sincérités -entendez lucidités- respectives. Au départ Frontin, valet d’Ergaste, et Lisette, suivante de la Marquise dressent des portraits peu flatteurs de leurs maîtres, mettant l’accent sur leurs incompatibilités, et tombent d’accord pour faire en sorte qu’ils se brouillent. Au passage Lisette, en aparté, dit de Frontin : «Ce garçon-là ne m’aime point ; je puis me fier à lui». Le ton est donné ; si le désir mutuel de s’attribuer des qualités inégalées est vécu par un homme et une femme comme prélude à l’amour ou son synonyme, celui-ci n’est qu’un aveuglement réciproque, confrontations d’ego.
Dans l’Epreuve Lucidor vient d’acquérir une propriété dont Madame Argante est la régisseuse. Il est follement amoureux d’Angélique, sa fille. Un riche fermier local est émoustillé par la jeune personne. Lucidor charge son valet Frontin de la courtiser, et de la pousser dans ses retranchements pour s’assurer que lui seul est aimé d'elle. Est-il conscient qu’il va la faire souffrir ?
Béatrice Agenin a adopté le mode de la bonne humeur et un rythme proche de celui des comédies de Molière ou du théâtre de boulevard (voyez la scène des Sincères où la Marquise subit les débuts d’assauts de son admirateur). L’espace d’un épisode muet, elle est cette même Marquise éperdue qui joue et danse la femme déboussolée venant de comprendre qu’elle avait idéalisé son amoureux. Les comédiens délicieusement distribués échangent leurs rôles, d’une pièce l’autre, et se font entendre comme cela tend à devenir rare sur une scène. La scénographie comporte un décor d’arches de pierre, avec pour toile de fond le ciel et de légers nuages. Des paravents amovibles créeront l’intimité d’un boudoir. Le charme opère.

05 octobre 2004

Verlaine : "Vivre Autrement"

par le Théâtre de l’Impossible
avec Corine Thézier, Robert Bensimon, Nicolas Dessama,
percussions et jeu : Vincent Thivet à la kora (harpe africaine)
Madame de Sévigné, La Fontaine, Voltaire, et tellement d’autres, le Théâtre de l’Impossible s’est donné pour vocation de nous aider à les rencontrer comme on le ferait d’amis ou de maîtres avec lesquels on aurait pris ses distances un temps, on ne sait plus pourquoi.
Cet automne de retrouvailles est dédié à Verlaine dont Valéry écrit : «Son œuvre ne vise pas à définir un autre monde plus pur et plus incorruptible que le nôtre et comme complet en lui-même, mais elle admet dans la poésie toute la variété de l’âme telle qu’elle.» Et aussi : «Sa poésie est bien loin d’être naïve, étant impossible à un vrai poète d’être naïf
Voilà balayées certaines idées reçues dont Robert Bensimon nous fait un paquet cadeau quand il dit les premiers vers de poèmes encensés, ressassés, voire obligés, qui ont fait venir sous la plume d’un littérateur ce blasphème : «Fadeur de Verlaine».
Les textes liant les poèmes privilégiés ici coulent si naturellement qu’on ne sait plus qui chemine à nos côtés. Robert nous redit Paul ou bien est ce le contraire, ou bien le devient-il un temps .
Vivre Autrement c’est simplement vivre, contre et avec les effrois, les dangers, les dérisions, les fascinations, au plus près de l’amour et de la grâce, mais d’abord vivre charnellement, honnêtement, à l’inverse de ceux qui ne veulent ou ne peuvent que survivre.
Corine Thézier, muse souriante, tendre mais vigilante et Robert Bensimon recueilli ou lyrique nous communiquent leur émotion et leur ferveur. Nicolas Dessama inspiré ou véhément, fait écho à une certaine folie du poète, la musique qu’il nous propose est éclatante ou frémissante.A l’inverse de montages poétiques à visées culturelles, prétentiards ou empesés, c’est un spectacle… autrement,

02 octobre 2004

La Faute à qui ?

Récital à deux voix de et par Valérie Rouzeau et André Velter
avec Philippe Leygnac : Piano, accordina, trompette, accordéon et Percussions
Au Théâtre Molière, Maison de la Poésie

Elle chemine, il explore. Elle avance, lui contourne. Elle est attente, sur la pointe des pieds. Il aborde des continents et nous les propose. Elle prend du champ avec l’univers et aussi son univers à elle. Lui est à l’écoute du chant qui habite et nourrit l’homme.
Feu, flamme, chaleur, lequel des deux est-il plus eau, plus air, plus terre
«…terres !»
Leurs silences , leurs frémissements qui se font écho les racontent.
Elle confesse, entonne : «je». Il dit : «tu», «ils», «elles» et nomme, invente , ressuscite ceux qui comptent pour lui. Elle, lumineuse, est en semi-comptines.
Lui traverse les fleuves, va vers des confins.
Le musicien les précède, les suit, les attend. Habile, il pilote ses instruments en double commande, d’une main l’un, de l’autre main l’autre. Il vogue, vole, atteint ses propres épiphanies. Côte à côte, fraternels, ils sont «SUR LA ROUTE». Leur chemin a une destination aléatoire, insensée mais qu’ils courtisent : André Velter en ses détours inspirés, Valérie Rouzeau en sa marche obstinée, souriante, et Philippe Leygnac au fil de ses univers tout en tendresses et flamboiements.

30 septembre 2004

Le Mystère de la Charité de Jeanne d’Arc de Charles Péguy

Adaptation et mise en scène de Jean-Paul Lucet
Avec Françoise Seigner, Delphine Haber, Pascale Chemin
Au Théâtre 14 Jean-Marie Serreau

S’ il faut avoir en mémoire la forme théâtrale donnée aux thèmes chrétiens du Moyen-Age, il n’y a rien de mystérieux dans la démarche de Péguy. Quant à la charité, mot connoté, c’est plutôt de bonté et de générosité qu’il faut parler à propos du spectacle. Dans un décor stylisé à l’extrême : quatre troncs coupés, trois chaises, sur un fond bleu et lumineux, Jeannette clame son amour pour Jésus et sa Mère et met en question sa vocation. Sa camarade Hauviette évoque joyeusement leur enfance, puis se joint à elle pour se confier à la nonne : Madame Gervaise. Conseillère bienveillante, à la recherche elle-même de la sagesse, elle pose ou se pose toutes sortes de questions et leur donne des réponses parfois paradoxales, toujours savoureuses. Son leitmotiv est : «Maudite soit-elle, la guerre».
Le découpage, par ailleurs excellent, de la pièce lui fait la part belle, mais on ne se lasse pas de l’écouter. A côté de Hauviette : Pascale Chemin mutine et acidulée, face à Jeannette : Delphine Haber telle une flamme, Françoise Seigner dans le rôle redoutable de Madame Gervaise est prodigieuse, alliant naturel, bon sens, bonhomie, autorité, humour, tendresse.

21 septembre 2004

Le Dit de la chute - Tombeau de Jack Kerouac

au Théâtre Molière, Maison de la Poésie
Une cave, au centre un podium, deux musiciens à la cour, au jardin une chaise et un magnéto des années… Le tout à peine éclairé. Enzo Cormann y devient le compagnon de quête de Kerouac, fondateur et icône de la Beat Generation, dont on n’a souvent lu que son «road»-roman : Sur La Route. C’était aussi, c’était probablement surtout un poète qui naviguait entre errances, dépendances, désirs d’ailleurs, mers, frontières à abolir, sagesses supposées exotiques et autres remèdes pour l’âme, le tout assorti de grandes, d’immenses soifs, métaphysiques ou pas.
Cormann prend Kerouac à bras le corps pour faire corps avec lui. Il le met en orbite. Son Dit de la chute a des formulations jubilatoires et des fulgurances : l’alcool roi, ce meurtrier de Jack y devient «le doux poignard liquide». «Ma vie est une catastrophe», «Mais n’ai-je pas tout raté ?». Jack-Enzo alias Enzo-Jack est l’écorché vif qui constate : «La route ne mène nulle part» et enchaîne : «Quand tu seras en haut de la montagne, continue à monter». Maximes chinoises pour trajectoire en dents de scie. Cormann-l’auteur est ce comédien puissant, mobile, à la voix chaleureuse, charnel, proche, qui chante le vrai jazz, celui que jouent ses camarades-complices Machado et Padovani. Jazz mélodieux, lyrique, qui raconte, avec des méandres tendres et des phases de rêve.
«A vous maintenant, je vous écoute» : au terme du périple Cormann fait face à un public K.O. mais comblé.

02 septembre 2004

La tarte à la crème pièce montée d’Alain Astruc

La tarte à la crème pièce montée d’Alain Astruc
Mise en scène : Jaques Dutoit, avec Cécile Duval, Bruno Jouhet
à La Guillotine, Montreuil


Elle finit comme elle avait commencé : «Ca va ?» ou «Savate ?» lance le premier protagoniste. C’est parti, la pièce est plus que comestible, gouleyante, et encore philosophico-métaphysico-quelquechose, avec toutes sortes d’alibis.
Soit le maître d’hôtel stylé d’un restaurant classieux : Bruno Jouhet. En face de lui dansotte un clown inspiré : Cécile Duval folâtre, acidulée dans le rôle du bouffon, ce fou qui dit la vérité ou leurs vérités aux puissants avérés ou usurpateurs.
Si on ne le laisse pas dire ce qu’il veut, il promet qu’il s’en ira. Voilà pour le supense.
Au détour d’une histoire de camarades qui se retrouvent des années après, et s’agacent comme d’anciens presque-sales gosses Alain Astruc nous livre ses considérations fulgurantes et désopilantes sur la vie, ce qu’elle est : «La vie, elle n’a pas besoin de nous», ce qu’elle devrait être, mais aussi et pêle-mêle : le pouvoir, la violence, l’honneur, la mort, la voie (la voix ?) dont on finit par se douter où elle mène, l’amour dans lequel nous devrions baigner pour aller plus loin que loin. Une des conclusions étant qu’il est nécessaire et urgent de s’amuser. Le clown finit par faire endosser son costume et ses attributs au loufiat, pour redevenir une comédienne lumineuse, touchante. Son partenaire est parfait de bout en bout dans un personnage de faire-valoir, donneur de leçons au départ, qui se transforme en un compère hilare, prêt à faire des prosélytes.
La mise en scène et la scénographie sont dépouillées, les lumières évidentes, tout a été réduit au minimum par Jaques Dutoit pour que la parole fasse mouche. Pari gagné. Aux saluts il rejoint sur le plateau Cécile et Bruno et les spectateurs en une farandole. Les comédies de Shakespeare finissent par une danse ou un banquet, célébrant l’ordre universel restauré. Il en va de même pour celui, cabossé, d’Astruc. Théâtre sans chichis, roboratif.
Repris à Nanterre au Festival Astruc printemps 2005

02 juillet 2004

Betty'z Comedie écrit, mis en scène et joué par Betty Aymard

Avignon Festival Off
Château de Saint-Roman
à Bédarrides

La prolifération de spectacles comiques à personnage unique a, paraît-il, fini par lasser une grande partie des festivaliers avignonnais, public composé en majorité de prof-femelles retraitées, c’est bien connu.
Le comédien ou la comédienne, selon elles, se vautrant dans la facilité flirtent avec un narcissisme format XXL à coup de textes bâclés et/ou dégoulinant de vulgarité.
Nous ne citerons pas de noms, mais ça nous démange.
Betty’z et sa comédie n’ont rien à voir avec ce qu’on est obligé de nommer les one woman show. Elle revendique cette appellation mais avec «la langue dans sa joue» comme on dit aux USA, dont le drapeau un brin trafiqué est un des éléments du décor, stylisé pour le reste.
Dans le lieu rare qu’est ce théâtre installé dans un ancien chais du château Saint Roman, éclairée avec justesse, munie d’accessoires minimalistes (mais on ne vous dira pas les tours de passe-passe qu’elle exécute avec un rouleau de sopalin, des assiettes-plastique, une cuillère, ou un briquet), elle impose à son délire tonique un rythme déchaîné et tenu en laisse à la fois, et nous offre cette femme farfelue, multifacettes qui lui ressemble délicieusement .
Sur des fonds musicaux qui ressuscitent les films américains des années bénies ou les atmosphères de Fellini, Betty est clown, chanteur yéyé, star sur le retour, magicienne, Jack Nicholsonienne, Frankensteinienne, etc. Elle danse, tournoie, s’accompagne à la guitare, chante des standards, de ses voix multiples .
Parfaite show woman, elle maîtrise la langue américaine, comme elle maîtrise sa technique, le tout goulûment avec dérision et élégance.
Séquence émotion, elle rend hommage drolatiquement mais avec ce qu’il faut de retenue à ses maîtres : Pagnol et son père. On n’a pas le temps de se demander ce qu’elle va encore inventer et c’est reparti.
La qualité des rires dans la salle est fonction de la qualité de ce qui se passe sur scène, le signe ne trompe jamais. Betty’z Comédie déclenche une hilarité qui a le goût non pas de certaine boisson pétillante et mythifiée née outre Atlantique, «sorry, Betty !», mais du meilleur des meilleurs champagnes, peut-être une cuvée Dom Pérignon 1985 ?
On en reprendrait bien une petite coupe (ou deux, mais bon…)

19 mai 2004

Enfer et Illuminations

Théatre Molière
Maison de la Poésie
A partir des poèmes d’Arthur Rimbaud de son journal au Harrar et des lettres de sa sœur Isabelle.
Conception et mise en scène Michel de Maulne avec Michel de Maulne et Sabeline Amaury et la voix de Daniel Mesguisch. Lumières Jean-Chupin, musique François Proust et Michel de Maulne.

Notre fascination pour l’homme-Rimbaud tient au fait qu’il ait décidé de saborder en lui le poète incandescent pour aller à la recherche du seul soleil, figure ou métaphore de son propre père disparu, absorbé par les déserts et les mystères de pays où survivre est un défi, où l’absolu est la règle comme cela l’est en poésie.
Michel de Maulne, Villon dans un précédent spectacle (Je, François Villon donné dans le même théâtre au début de la saison), est Rimbaud, avec une fougue et une vigueur comparables, ainsi qu’une ferveur contagieuse. Les spectateurs s’installent autour d’un lit, lieu où toute existence ordinaire commence et s’achève, sous la lumière d’une ampoule nue. Veillé par Isabelle sa sœur et son bon ange, le poète est en proie à des démons qu’il exorcise à l’aide de ses œuvres les plus fulgurantes. Il s’exaspère, virevolte, se fige un temps. Une voix off fait avec sollicitude le récit de son dernier périple à Harrar, des musiques et des chants de là-bas l’escortent.
Mademoiselle Rimbaud, Sabeline Amaury nimbée de grâce, murmure ce qui ressemble aux anciennes prières dites au chevet des malades, elle lit des passages de lettres qu’elle envoie à leur mère, pour la tenir au courant de la progression du mal qui va le détruire. Elle sourit, attendrie, admirative devant les délires du génie dont elle ne mesure pas la surdimension.
Spectacle sans fioritures et poignant.

02 mars 2004

La Reine de Césarée de Robert Brasillach

Au Théâtre du Nord-Ouest
Le Titus de Racine renvoie Bérénice chez elle pour raisons d’état. Corneille laisse à la souveraine la décision de s’effacer. Brasillach amoureux de sa Reine lui ménage une rencontre encore avec l’empereur. Ils se sont aimés pendant une guerre d’asservissement total. Le rêve du jeune Romain ressemblait alors au «mot nacré, ce mot du fond des mers : le bonheur». Ecartelée entre nostalgie et espoir elle s’obstine : «Je veux rester, c’est tout». Ils passeront une nuit ensemble et elle se résignera à partir. «Tout nous sépare, nous-mêmes, Rome et nos races». Les confidents: Paulin et Phénice sont les commentateurs juvéniles de la tragédie dont Anthiochus patelin et grave est un «fonctionnaire» tout dévoué à la reine.
La scène où Titus et Bérénice se redisent tout n’est que tendresse et retenue, les comédiens émeuvent.
La langue exploratoire, vigoureuse, poétique de Brasillach fait entendre le cri du cœur, celui de la chair et celui de l’âme.

Céline Caussimon

Théâtre Les Déchargeurs
Le titre de son spectacle : «Je marche au bord». A peine vous êtes-vous dit : «Au bord de quoi ?», et la voilà en scène. Qu’elle y marche élégamment !
Ne pas se laisser prendre à son allure de fille longiligne toute simple. Ce qu’elle côtoie en marchant ? La poésie des choses qui ne se sont pas produites, des rencontres qu’elle n’a pas faites, du moins, pas encore.
Elle demande : «comment vivre?» et on soupçonne qu’elle en a quelque idée. Elle se demande : «où vont les choses quand on les oublie ?» et on embarque dans son rêve. A-t-elle jamais vraiment été une « omelette qui s’est fait rouler» ?
Sa voix est ample, elle est cette comédienne qui nous confie la manière dont naissent ses chansons, ça sonne juste, de cette justesse inspirée, malicieuse qui la définit. Elle parle aux enfants, ceux des autres, puis à un homme à qui elle répète tendrement : « Mange, papa, mange… » On pense à son père Jean-Roger Caussimon, ses talents, sa hauteur de vue, la force des textes qu’il a chantés ou confiés à ses interprètes : Yves Montand, et ceux qui ont bercé vos années cinquante, soixante et la suite. «Le juste endroit où me tenir» est encore un de ses titres, mais Céline… sur scène, encore et encore, pour nous, pour vous. Laurent Desmurs l’accompagne au piano, Slavik Bériaguine, à la basse, et Viviane Arnoux, alternativement à la clarinette ou l’accordéon.

01 mars 2004

La Reine de Césarée de Robert Brasillach

Au Théâtre du Nord-Ouest
Le Titus de Racine renvoie Bérénice chez elle pour raisons d’état. Corneille laisse à la souveraine la décision de s’effacer. Brasillach amoureux de sa Reine lui ménage une rencontre encore avec l’empereur. Ils se sont aimés pendant une guerre d’asservissement total. Le rêve du jeune Romain ressemblait alors au «mot nacré, ce mot du fond des mers : le bonheur». Ecartelée entre nostalgie et espoir elle s’obstine : «Je veux rester, c’est tout». Ils passeront une nuit ensemble et elle se résignera à partir. «Tout nous sépare, nous-mêmes, Rome et nos races».
Les confidents, Paulin et Phénice sont les commentateurs juvéniles de la tragédie dont Anthiochus patelin et grave est un «fonctionnaire» tout dévoué à la reine.
La scène où Titus et Bérénice se redisent tout n’est que tendresse et retenue, les comédiens émeuvent. La langue exploratoire, vigoureuse, poétique de Brasillach fait entendre le cri du cœur, celui de la chair et celui de l’âme.

24 janvier 2004

Le Sourire de Voltaire

Par le Théatre de l'Impossible avec Corine Thézier, Robert Bensimon
et Nicolas Dessama
Au Musée Carnavalet
Le Théâtre de l’Impossible nous propose, année après année, des portraits scéniques d’auteurs français, dans la tradition, revendiquée fièrement, du Jean-Louis Barrault des années 70-80. Cette saison 2004-2005 Voltaire sourit, au Musée Carnavalet. Robert Bensimon refait aimablement avec nous le cours de l’existence et le parcours du géant, il a amoureusement écrit les textes de liaison qui feront redécouvrir et aimer le polémiste, le poète et l’auteur dramatique.
Le scandale de l’affaire Calas qui le révulsa nous vaut un plaidoyer magistral à pour la liberté et une exhortation à ce que la justice devienne enfin juste. Robert Bensimon, vibrant, puissant, nuancé, transforme en morceau de bravoure l’éloge de Voltaire composé par Hugo. Les scènes jouées alternent avec d’autres, lues, alors la chose écrite nous ré-apprivoise, certaines encore sont muettes ou mimées. Des extraits des premiers chapitres de Candide font jubiler, c’est léger, rythmé. Corine Thézier est une Cunégonde mutine et enjôleuse. Le spectacle s’achève sur des scènes de Zaïre, œuvre qui n’est plus programmée à la Comédie Française depuis les années trente, où la passion y est pourtant plus déchirante et la noblesse plus noble que dans bien d’autres tragédies du répertoire.
Le Salon Bouvier est somptueux, comme le sont les costumes, les lustres de cristal dispensent une lumière que les immenses miroirs renvoient. Robert et Corine se sont adjoint Nicolas Dessama, qui accompagne le spectacle au xylophone et à la batterie. Musicien surprenant, c’est aussi un jeune acteur racé, intense. C’est à lui, seul en scène, qu’il revient de conclure avec Emile Zola : «Je ne considère point Voltaire comme un poète, un philosophe, un historien ou un romancier ; je le considère comme une force dont s’est servie la vérité.»