02 septembre 2004

La tarte à la crème pièce montée d’Alain Astruc

La tarte à la crème pièce montée d’Alain Astruc
Mise en scène : Jaques Dutoit, avec Cécile Duval, Bruno Jouhet
à La Guillotine, Montreuil


Elle finit comme elle avait commencé : «Ca va ?» ou «Savate ?» lance le premier protagoniste. C’est parti, la pièce est plus que comestible, gouleyante, et encore philosophico-métaphysico-quelquechose, avec toutes sortes d’alibis.
Soit le maître d’hôtel stylé d’un restaurant classieux : Bruno Jouhet. En face de lui dansotte un clown inspiré : Cécile Duval folâtre, acidulée dans le rôle du bouffon, ce fou qui dit la vérité ou leurs vérités aux puissants avérés ou usurpateurs.
Si on ne le laisse pas dire ce qu’il veut, il promet qu’il s’en ira. Voilà pour le supense.
Au détour d’une histoire de camarades qui se retrouvent des années après, et s’agacent comme d’anciens presque-sales gosses Alain Astruc nous livre ses considérations fulgurantes et désopilantes sur la vie, ce qu’elle est : «La vie, elle n’a pas besoin de nous», ce qu’elle devrait être, mais aussi et pêle-mêle : le pouvoir, la violence, l’honneur, la mort, la voie (la voix ?) dont on finit par se douter où elle mène, l’amour dans lequel nous devrions baigner pour aller plus loin que loin. Une des conclusions étant qu’il est nécessaire et urgent de s’amuser. Le clown finit par faire endosser son costume et ses attributs au loufiat, pour redevenir une comédienne lumineuse, touchante. Son partenaire est parfait de bout en bout dans un personnage de faire-valoir, donneur de leçons au départ, qui se transforme en un compère hilare, prêt à faire des prosélytes.
La mise en scène et la scénographie sont dépouillées, les lumières évidentes, tout a été réduit au minimum par Jaques Dutoit pour que la parole fasse mouche. Pari gagné. Aux saluts il rejoint sur le plateau Cécile et Bruno et les spectateurs en une farandole. Les comédies de Shakespeare finissent par une danse ou un banquet, célébrant l’ordre universel restauré. Il en va de même pour celui, cabossé, d’Astruc. Théâtre sans chichis, roboratif.
Repris à Nanterre au Festival Astruc printemps 2005