21 septembre 2004

Le Dit de la chute - Tombeau de Jack Kerouac

au Théâtre Molière, Maison de la Poésie
Une cave, au centre un podium, deux musiciens à la cour, au jardin une chaise et un magnéto des années… Le tout à peine éclairé. Enzo Cormann y devient le compagnon de quête de Kerouac, fondateur et icône de la Beat Generation, dont on n’a souvent lu que son «road»-roman : Sur La Route. C’était aussi, c’était probablement surtout un poète qui naviguait entre errances, dépendances, désirs d’ailleurs, mers, frontières à abolir, sagesses supposées exotiques et autres remèdes pour l’âme, le tout assorti de grandes, d’immenses soifs, métaphysiques ou pas.
Cormann prend Kerouac à bras le corps pour faire corps avec lui. Il le met en orbite. Son Dit de la chute a des formulations jubilatoires et des fulgurances : l’alcool roi, ce meurtrier de Jack y devient «le doux poignard liquide». «Ma vie est une catastrophe», «Mais n’ai-je pas tout raté ?». Jack-Enzo alias Enzo-Jack est l’écorché vif qui constate : «La route ne mène nulle part» et enchaîne : «Quand tu seras en haut de la montagne, continue à monter». Maximes chinoises pour trajectoire en dents de scie. Cormann-l’auteur est ce comédien puissant, mobile, à la voix chaleureuse, charnel, proche, qui chante le vrai jazz, celui que jouent ses camarades-complices Machado et Padovani. Jazz mélodieux, lyrique, qui raconte, avec des méandres tendres et des phases de rêve.
«A vous maintenant, je vous écoute» : au terme du périple Cormann fait face à un public K.O. mais comblé.