09 novembre 2004

La poison de Sacha Guitry

Mise en scène Henri Lazarini
Au Théatre 14

Une village avec orphéon, un gendarme épisodique, un curé paternaliste, sa redoutable servante, un pharmacien débonnaire et des habitants qui ont soif de voir débarquer les touristes, gages de prospérité (ils seront servis), un horticulteur : Paul Braconnier, la soixantaine, bonne pâte, semble-t-il. Sa moitié depuis plus de trente ans est une harpie gargantuesque, glapissante, ordurière, agrippée à sa bouteille ou cuvant son vin au pied de la table sur laquelle trône la soupière. Elle a juché sur le vaisselier un paquet de mort aux rats, notez-le. Tout est en place, y compris le poste de radio, origine d’ informations qui vont donner des idées à Paul.
Deuxième partie : une salle de tribunal. Présents : l’avocat de Paul, à son centième acquittement dans des procès d’assises, un président de tribunal plutôt dépassé, un procureur madré, les villageois en témoins désopilants. Paul a avoué le meurtre de sa femme perpétré à l’aide du couteau à pain.
La suite : faites confiance à ce redoutable prestidigitateur qu’est Sacha Guitry, sa pièce aux répliques savoureuses ou corrosives est un somptueux hymne à la mauvaise foi.
La troupe manipule des meubles stylisés sur une ritournelle rigolote, la mise en scène est diaboliquement rythmée, la distribution fait se côtoyer des comédiens parmi les meilleurs de leur génération, à qui on rend grâce pour leur jeu gourmand, et des juniors pétillants. La Femme Braconnier est époustouflante, mot faible.
La Poison est un anti-dote pour frilosités, un solvant pour marasme.