07 novembre 2004

La pâte de jujube de Raymond Queneau

conçu, réalisé et interprété par Maurice Antoni
Au Théatre des Cinq Diamants


Nous avions des ressouvenirs du poète, du romancier, de l’essayiste qui s’est colleté à tout ce que le langage propose de genres littéraires patentés, de formes apparemment amicales qu’il a choyées, fait basculer, ou mises astucieusement à mal. Maurice Antoni nous offre une célébration jubilatoire d’un Queneau qu’il a voulu rencontrer au plus intime, qui est tout ce que nous imaginions et plus encore .
Le choix de ces pages tendres, gouailleuses, fantasques, cocasses, méditatives, philosophiques, s’est probablement imposé à lui. Soit une courte heure et demie où s’aidant d’accessoires symboliques ou insolites, voyez la «harpe coupe-œufs durs et tabouret tap-tap» (le surréalisme a transféré ou restitué aux choses des pouvoirs auxquels les hommes avaient renoncé), il nous prend en otages très vite consentants. Comédien magnétique dont on guette chacun des gestes élégants, il arbore un sourire amical, un brin énigmatique, et l’escorte de gestes et d’attitudes de danseur-né. Si son corps parle, il chante avec son âme, simplement ou affectant l’humeur d’un rappeur, d’un chanteur des années quarante, d’un amoureux de Bizet. Sa voix entame, et quand il dit les alexandrins de façon authentique et inspirée, ils sonnent clair.
Le spectacle amadouerait les plus effarouchés de ceux pour qui la poésie est restée ou devenue un vague souvenir d’enfance.