02 novembre 2004

Pawana de Jean-Marie Gustave Le Clézio

Mise en scène de Dora Petrova
Avec Raymond Acquaviva et Maxime Bailleul à l'Espace Pierre Cardin
Transformer un récit simple, lyrique en pièce de théâtre et vouloir lui ajouter une dimension de plus relève du défi. Ici pour le relever, le découpage du texte, conçu comme un journal, et la façon dont les deux officiers de marine l’un plus âgé et l’autre un très jeune homme, se le répartissent, en se relayant sur scène, leur jeu sobre, le décor, les éclairages, les ombres, les rares musiques vont dans le même sens : communiquer un effroi salutaire devant la majesté des baleines, redire leur épopée, sœur de celle que nous a contée Herman Melville dans ses romans. La lâcheté, l’inconséquence ou la cruauté des hommes sont la trame de cette histoire de beauté, de mer, de sang et de mort.
La langue de Le Clézio est ample, d’une grande hauteur, l’émotion y est contenue, mythes et métaphores abondent. Il évoque les rorquals allant mettre bas leurs petits dans les eaux tièdes du Mexique, les lagunes, les voiliers, les chaloupes, les marins, les harpons. Les dates, les noms des lieux, des personnages, tout est romantisme et exotisme. Il est encore question d’«amours qui ont eu leur cours», de «secrets perdus», «d'êtres qui tuent ce qu’ils aiment», «qui aiment ce qu’ils ont tué». «Il y a un temps pour tout», «c’était autrefois», «plus rien ne sera jamais comme avant» ; la méditation s’achève, elle a été servie par Maxime Bailleul lumineux et touchant, et Raymond Acquaviva plus sombre et prophétique.
Une aventure littéraire fascinante, même si elle est peu théâtrale.