24 janvier 2004

Le Sourire de Voltaire

Par le Théatre de l'Impossible avec Corine Thézier, Robert Bensimon
et Nicolas Dessama
Au Musée Carnavalet
Le Théâtre de l’Impossible nous propose, année après année, des portraits scéniques d’auteurs français, dans la tradition, revendiquée fièrement, du Jean-Louis Barrault des années 70-80. Cette saison 2004-2005 Voltaire sourit, au Musée Carnavalet. Robert Bensimon refait aimablement avec nous le cours de l’existence et le parcours du géant, il a amoureusement écrit les textes de liaison qui feront redécouvrir et aimer le polémiste, le poète et l’auteur dramatique.
Le scandale de l’affaire Calas qui le révulsa nous vaut un plaidoyer magistral à pour la liberté et une exhortation à ce que la justice devienne enfin juste. Robert Bensimon, vibrant, puissant, nuancé, transforme en morceau de bravoure l’éloge de Voltaire composé par Hugo. Les scènes jouées alternent avec d’autres, lues, alors la chose écrite nous ré-apprivoise, certaines encore sont muettes ou mimées. Des extraits des premiers chapitres de Candide font jubiler, c’est léger, rythmé. Corine Thézier est une Cunégonde mutine et enjôleuse. Le spectacle s’achève sur des scènes de Zaïre, œuvre qui n’est plus programmée à la Comédie Française depuis les années trente, où la passion y est pourtant plus déchirante et la noblesse plus noble que dans bien d’autres tragédies du répertoire.
Le Salon Bouvier est somptueux, comme le sont les costumes, les lustres de cristal dispensent une lumière que les immenses miroirs renvoient. Robert et Corine se sont adjoint Nicolas Dessama, qui accompagne le spectacle au xylophone et à la batterie. Musicien surprenant, c’est aussi un jeune acteur racé, intense. C’est à lui, seul en scène, qu’il revient de conclure avec Emile Zola : «Je ne considère point Voltaire comme un poète, un philosophe, un historien ou un romancier ; je le considère comme une force dont s’est servie la vérité.»