19 mai 2004

Enfer et Illuminations

Théatre Molière
Maison de la Poésie
A partir des poèmes d’Arthur Rimbaud de son journal au Harrar et des lettres de sa sœur Isabelle.
Conception et mise en scène Michel de Maulne avec Michel de Maulne et Sabeline Amaury et la voix de Daniel Mesguisch. Lumières Jean-Chupin, musique François Proust et Michel de Maulne.

Notre fascination pour l’homme-Rimbaud tient au fait qu’il ait décidé de saborder en lui le poète incandescent pour aller à la recherche du seul soleil, figure ou métaphore de son propre père disparu, absorbé par les déserts et les mystères de pays où survivre est un défi, où l’absolu est la règle comme cela l’est en poésie.
Michel de Maulne, Villon dans un précédent spectacle (Je, François Villon donné dans le même théâtre au début de la saison), est Rimbaud, avec une fougue et une vigueur comparables, ainsi qu’une ferveur contagieuse. Les spectateurs s’installent autour d’un lit, lieu où toute existence ordinaire commence et s’achève, sous la lumière d’une ampoule nue. Veillé par Isabelle sa sœur et son bon ange, le poète est en proie à des démons qu’il exorcise à l’aide de ses œuvres les plus fulgurantes. Il s’exaspère, virevolte, se fige un temps. Une voix off fait avec sollicitude le récit de son dernier périple à Harrar, des musiques et des chants de là-bas l’escortent.
Mademoiselle Rimbaud, Sabeline Amaury nimbée de grâce, murmure ce qui ressemble aux anciennes prières dites au chevet des malades, elle lit des passages de lettres qu’elle envoie à leur mère, pour la tenir au courant de la progression du mal qui va le détruire. Elle sourit, attendrie, admirative devant les délires du génie dont elle ne mesure pas la surdimension.
Spectacle sans fioritures et poignant.