02 juillet 2004

Betty'z Comedie écrit, mis en scène et joué par Betty Aymard

Avignon Festival Off
Château de Saint-Roman
à Bédarrides

La prolifération de spectacles comiques à personnage unique a, paraît-il, fini par lasser une grande partie des festivaliers avignonnais, public composé en majorité de prof-femelles retraitées, c’est bien connu.
Le comédien ou la comédienne, selon elles, se vautrant dans la facilité flirtent avec un narcissisme format XXL à coup de textes bâclés et/ou dégoulinant de vulgarité.
Nous ne citerons pas de noms, mais ça nous démange.
Betty’z et sa comédie n’ont rien à voir avec ce qu’on est obligé de nommer les one woman show. Elle revendique cette appellation mais avec «la langue dans sa joue» comme on dit aux USA, dont le drapeau un brin trafiqué est un des éléments du décor, stylisé pour le reste.
Dans le lieu rare qu’est ce théâtre installé dans un ancien chais du château Saint Roman, éclairée avec justesse, munie d’accessoires minimalistes (mais on ne vous dira pas les tours de passe-passe qu’elle exécute avec un rouleau de sopalin, des assiettes-plastique, une cuillère, ou un briquet), elle impose à son délire tonique un rythme déchaîné et tenu en laisse à la fois, et nous offre cette femme farfelue, multifacettes qui lui ressemble délicieusement .
Sur des fonds musicaux qui ressuscitent les films américains des années bénies ou les atmosphères de Fellini, Betty est clown, chanteur yéyé, star sur le retour, magicienne, Jack Nicholsonienne, Frankensteinienne, etc. Elle danse, tournoie, s’accompagne à la guitare, chante des standards, de ses voix multiples .
Parfaite show woman, elle maîtrise la langue américaine, comme elle maîtrise sa technique, le tout goulûment avec dérision et élégance.
Séquence émotion, elle rend hommage drolatiquement mais avec ce qu’il faut de retenue à ses maîtres : Pagnol et son père. On n’a pas le temps de se demander ce qu’elle va encore inventer et c’est reparti.
La qualité des rires dans la salle est fonction de la qualité de ce qui se passe sur scène, le signe ne trompe jamais. Betty’z Comédie déclenche une hilarité qui a le goût non pas de certaine boisson pétillante et mythifiée née outre Atlantique, «sorry, Betty !», mais du meilleur des meilleurs champagnes, peut-être une cuvée Dom Pérignon 1985 ?
On en reprendrait bien une petite coupe (ou deux, mais bon…)