18 janvier 2005

La controverse du hublot de babord de Robert-Georges E. Emion

mise en scène de Nicolas Bataille avec Xavier Lemaire
et René Remblier
au Théatre de la Huchette
A bord, en mer, pas question de contestation, sinon c’est pagaïe, mutinerie, etc. Le «pacha» d’un navire de marine marchande en grand uniforme, casquette enfoncée jusqu’au sourcils, allongé sur un lit qui occupe deux tiers de la scène, catéchise son second, au garde à vous. Son discours est un fatras de lieux communs, d’aphorismes douteux et autres considérations vaguement philosophiques relookées dans le but d’impressionner l’officier et de lui faire douter de tout. Il est somptueusement odieux dans l’exercice de son pouvoir de maître après Dieu et détenteur de la vérité. «Avoir envie c’est être en vie», «Le hasard vogue sur l’autorité», «L’espoir est accablant». Le second ahuri, accablé, s’aperçoit par hasard en inspectant la cabine que leur bateau n’a pas de hublot, pas de proue, pas de matérialité, pas de … A part une vue sur un extérieur flou même pas artistique. Tentera-t-il la contestation ? L’auteur nous aurait diaboliquement largués si un retournement de situation avec inversion des rôles ne faisait tout basculer au changement de quart. Canular métaphysico-farcesque, plus loufoque, tu suffoques.
L’auteur : Robert-Georges Emion, Nicolas Bataille : le metteur en scène maison, et leurs joyeux gaillards de comédiens complices ont ficelé ce spectacle-exutoire en forme de pied de nez à tous les politiquement correct, dans l’authentique tradition huchettienne.