17 mars 2005

La dette, de Stefan Zweig

Adaptation et mise en scène de Didier Long
avec Magali Noel, Jean-Pierre Bernard
et Andrée Damant
au Théatre Quatorze
La femme est loin de chez elle pour la première fois depuis quarante ans. Se reposant dans cette auberge de campagne tyrolienne, elle soliloque, se raconte sa vie, son petit-fils, son époux médecin et absent, se moque gentiment d’elle-même, babille. La tenancière lui apprend que le monsieur sans âge et grommelant qui vient d’entrer est bel et bien le fameux acteur : «L’empereur du théâtre, le Dieu de sa jeunesse.» Elle remonte le cours de son existence. Elle a seize ans, elle est folle amoureuse de lui, elle a tenté de lui rendre visite et de se jeter dans ses bras, elle porte la même robe bleue qu’aujourd’hui , mais… Ce soir c’est lui qui s’assied à sa table.
Tenter de raconter la pièce tirée d’une jolie nouvelle de Zweig serait la massacrer, elle donne un joli vertige. La langue au romantisme, au réalisme et à la sensualité particuliers de l’auteur illumine son propos. Il est question de théâtre qui est : «L’amour des mots, l’exemplarité du partage. Peut-être la plus grande école de tolérance qui soit». On en sort amoureux fou de la Magali Noël qu’on y retrouve avec joie. Légère, drôle, juste, fine, c’est la féminité incarnée dans un rôle qu’on croirait imaginé pour elle, Jean-Pierre Bernard est tout aussi prodigieux en acteur déchu, fané mais plein d’une ancienne dignité. Andrée Damant est épatante dans un rôle moindre.
Distribution, lumières, scénographie, tout est un ravissement.
Mardi, mercredi, vendredi, samedi à 20h00; jeudi à 19h00. Tel. 01 45 45 49 77.