14 mars 2005

La fausse suivante, de Marivaux

par la Compagnie du Limon
mise en scène : Chantal Lebaillif lumières : Jacques Duvergé
musique : Françis Courtot
avec : Carole Broussais, Gaëtan Gallier, Chantal Lebaillif, André Nerman, Daniel Schropfer, Stéphane Sommonneau.

Le choix de cette Suivante n’avait rien d’anodin. C’est d’abord un défi lancé à celle qui joue le rôle-titre. Rarement un rôle de femme travestie en homme n’aura requis de la part d’une comédienne une telle maestria. Trivelin, quant à lui, valet soi-disant ordinaire, affiche une autorité digne du Figaro du Barbier de Séville. Tout progresse à coup de répliques brillantes, acérées, d’une extrême cruauté.
Le ‘Chevalier’ est en fait une jeune personne qui a du bien mais s’est déguisée en nobliau pour approcher ce Lélio à qui sa famille la destine et dont elle redoute qu’il ne soit appâté par ses milliers de livres de rente. Elle monte une machination périlleuse pour démasquer le cynique qui croyant parler à un confident lui lance : «Est-il besoin d’aimer sa femme ?» Fourbe, il sera humilié, ainsi qu’une certaine Comtesse qui n’a guère été plus honnête que lui côté amour sincère.
Pour ses personnages Chantal Lebaillif a choisi des costumes à la Pirandello, un décor géométrique, irréaliste, à la Braque, fractionnable selon les retournements de situations, des lumières tranchantes pour plus de lucidité encore. Elle a pris le parti d’analyser, de démontrer, pour mieux faire aimer sa démarche. La troupe lui emboîte le pas et le tempo. Le divertissement avec musiciens promis par Marivaux dès l’acte un clôt le spectacle par des harmonies qui nous réconcilieraient avec le monde. Se pourrait-il que, selon le code de la comédie traditionnelle, un certain ordre ait été restauré ? Ses camarades-comédiens sont tous à citer et Carole Brossais : Sylvia-alias-le-Chevalier est percutante.
Le temps est aboli, on sort troublé, mais ravi.