02 mars 2005

Laisse-moi te dire une chose, de Rémi de Vos

Mise en scène Stéphane Fievet
Avec Albert Delpy, Annie Mercier, Stéphane Olivier Bisson, Eric Verdin
Au Théatre Mouffetard


Un lit d’hôpital roulé à droite et à gauche, des panneaux qu’on bouge délimitant les aires de jeux, les lumières et les musiques font le reste. La dame assise sur le lit qui vient d’arriver à l’hôpital parle, parle, parle. Le fils qui n’a pas ôté son manteau écoute, comme pétrifié. Selon elle ce fils asocial, improductif, est «tombé» dans le théâtre et a récemment succombé à la tentation de la littérature, comme si cela constituait un geste suicidaire voire la preuve d’une tare congénitale, à l’origine des épisodes désastreux de la vie familiale. Et d’abord de la trahison du père, l’homme de sa vie.
La mère alitée sombre dans des phases de sommeil de plus en plus longues. Alors le fils qui la veille avec sollicitude, «fait son cinéma», mime et joue des bribes de scènes où il incarne les personnages d’un univers résolument carcéral. Son frère qui a officiellement ‘réussi’ et le vieux monsieur volubile amoureux de la mère de famille rendent aussi visite à sa génétrice. Chacun fait à son tour le constat de ses propres faillites. Le fils attentif les écoute s’attendrir sur le passé comme il écoute la mère.
La progression dramatique débouche sur une fin lyrico-onirique. Les personnages médiocres, agaçants ou touchants sont cernés au plus près. Les dialogues percutent. Les comédiens hauts en couleur tous les quatre mais toniques, savent donner dans la nuance.