04 septembre 2005

Le circuit ordinaire, de Jean-Claude Carrière

Théâtre du Petit Hébertot jusqu’au 18 novembre
Mise en scène : Pascal Laurens et Patrick Martinez
Jeu : Pascal Laurens et Patrick Martinez


Au centre de la scène un homme attend, tassé dans un silence aussi inconfortable que le tabouret sur lequel il est juché. Un personnage élégant apparaît, qui tourniquera autour de lui, un dossier à la main. Début d’interrogatoire. L’homme-au-tabouret s’y soumet, il avouera. Oui, il a fait parvenir à ses employeurs des rapports dénonçant toutes sortes de gens.
Bon, il y a joint d’autres le concernant personnellement qui l’accusent aussi. De quoi ?
Peu importe. Pourquoi ? Il adore dénoncer, il le fait par dévouement.
Jean-Claude Carrière avec sa malice et son sens poétique et diabolique de la manipulation a tricoté ce supens à l’allure de canular, avec répliques et considérations du genre qui dénoncent (ou encensent, c’est selon) « la fraternité dans la culpabilité générale ».
A la mi-temps ça bascule. Tel est pris qui croyait… Soit une fable consortant avec une réflexion sur le pouvoir, pouvoir d’esquiver et d’attendre le moment où on peut « cueillir »
l’adversaire. On ne tentera pas de vous raconter.
Pascal Laurens, rapporteur faussement placide, lunaire, avec son oeil exploratoire est redoutable. Patrick Martinez est un commissaire arrogant qui se rétrécit, devient fébrile, affecté de tics et parfaitement pitoyable, mais si crédible à la toute fin.
Les deux metteurs en scène-interprètes ont voulu une scénographie simplissime. Elle est particulièrement efficace lorsqu’ils se défient du regard dans ces silences incandescents qu’ils aiment.