30 septembre 2005

Métastases et métamorphoses, de Roland Dubillard

Métastases et Métamorphoses. Si Camille me voyait… et Madame fait ce qu’elle dit
Deux pièces de Roland Dubillard au Vingtième Théâtre, jusqu’au 30 octobre.
Mise en scène : Werner Schroeter et Maria Machado.

Un langage irrépressible, comme une balançoire qui vous propulse en avant vers le rêve, les mystifications, et en arrière vers les apparences, voire la réalité. Dubillard invente ou récupère les mots, les compresse, les essore, les fait ricocher. Facétieux comme l’enfant qui l’habite et dont il sait qu’il aura du mal à vieillir. Qu’ont en commun sa toute première et sa plus récente pièce ? « Mon cœur n’est plus ce qu’il était » constate (ou feint de constater) un des personnages de Si Camille me voyait …La réplique fait écho à ce que dit Madame, laquelle a cinquante ans de plus. Monstre sacré et sacré monstre pour Diablogues, elle ratiocine, parlant d’elle-même à la troisième personne, à tort autant qu’à travers. Elle aussi pourrait avoir dit : « Ma vie dans une fuite tout à coup fait pfuite ». La première pièce a des allures de comédie musicale sans partition mais avec de jolis clins d’yeux joués par le musicien sur divers instruments et épisodes vaudevillesques où des personnages qui ont perdu leurs repères jouent à cache-cache, à coup d’alexandrins plus ou moins farcesques. Puisqu’il est question d’une voiture et de sa caisse, Werner Schroeter nous en colle une, de grosse caisse noire, au milieu du plateau. Elle devient le lieu d’où surgit et où se réfugie un quatuor de comédiens singuliers et ébouriffants. Tours de passe-passe périlleux, dans un no man’s land. Madame c’est Maria Machado : une présence et une voix uniques. Sous un arbre clair elle entreprend l’ascension d’ un escabeau. Remonte t-elle le cours du temps, va-t-elle jusqu’au bout de quelquechose, quelle rencontre souhaite t-elle ou craint-elle ? Elle est bouleversante. Dans un décor qui doit beaucoup à un orient extrême, prédominent un noir et un blanc métaphoriques. Le lien entre les deux pièces devient évident et le message final s’impose. Il vous hante, le spectacle terminé. Des retrouvailles avec un auteur magistral. Du théâtre pur, jubilatoire.