10 octobre 2005

Antoine et Cléopatre, de William Shakespeare

Antoine et Cléopatre, de Shakespeare
Mise en scène de Stuart Seide, au Théâtre de Gennevilliers
Du 1er au 22 octobre

Rivalités entre triumvirs, Marc-Antoine, Octave-César et Lépide, sans compter Pompée-junior, guerres au long cours. Nouvelles de l’avance de troupes, de trahisons, d’éliminations. Va et vients entre Rome et l’Egypte, mais aussi Messine, La Syrie, Actium, etc. Et puis comme un îlot, les amants, le fringant Antoine « vaste esprit » qui fond devant sa Cléopatre, mégère apprivoisable ou pas, femme d’instinct, ardente et altière. Trahi par ses compagnons, Antoine se donne la mort, après un dernier baiser et une mise en garde contre César. Sa mort à elle, sans apitoiement, a des allures d’apothéose. Noblesse de ces héros si imparfaits, que Stuart Seide admire, met en scène et dirige avec panache. Une scénographie d’une beauté et d’une limpidité parfaites. Des éléments de décors qu’on déplace. L’Orient et l’Occident se succèdent ou cohabitent. Costumes, lumières, bruitages, tout culmine avec la pourpre du tableau final. La troupe a une cohésion spectaculaire. Eric Challier est un Antoine fougueux, mais troublé et convaincant. Octave-César : Stanislas Stanic est jeune homme lisse, trop bien comme il faut, en complet et gants noirs, glaçant à souhait. Hélène Lausseur est une Cléopatre débridée, vibrante qui vampe son monde. Il faudrait citer leurs camarades, tous ébouriffants. Mention spéciale à Vincent Schmitt : Enobarbus à la présence et à l’autorité truculentes et phénoménales. « Ô, flétri est le laurier de la guerre » commente un des personnages, Stuart Seide fait sien ce constat désastreux. Comme toujours chez Shakespeare le comique tempère et pimente le tragique, cette pièce puissante et dérangeante constitue une soirée rare.