19 octobre 2005

Elles, à trois sous un pommier, de Lothar Trolle

Elles, à trois sous un pommier, de Lothar Trolle,
traduction et mise en scène : Maurice Taszman,
avec Elise Levron
Théâtre Molière, jusqu’au 13 novembre. Téléphone : 01 44 54 53 00

Elle, seule, la comédienne, n’est pas sous un pommier mais contre un escabeau, dans une robe à fleurs avec pour accessoires des valises et une grosse malle à malices, une bêche, un rechange d’habits fonctionnels et des chaussures. Véhémente, goûlue, elle est la passeuse d’un patchwork de récits, rencontres et confrontations qui peuplent la mémoire de l’auteur, selon un mode exploratoire, dérisoire et poétique.
Pasternak et Tchekhov sont les chéris de Trolle. A la toute fin, Elise nous propose une Lioubov pas vraiment nostalgique ni résignée et comme détachée au moment de dire adieu à sa Cerisaie d’enfance. Avec Elise Levron Maurice Taszman a pris des risques, parce qu’il savait qu’il n’en courait aucun. Il la place dans un espace nu, l’éclairage dans la salle n’est ni un ‘pleins feux’ ni un ‘service’ mais un refus d’éteindre les lumières. Elise charnelle, sans détours, vous dévisage pour que vous l’envisagiez (à moins que ce ne soit l’inverse). Son énergie, son jeu si parfaitement technique qu’il en devient paradoxalement comme improvisé, vous mettent K.O. Trolle et Taszman aux manettes, ça marche. Pari plutôt audacieux gagné.