07 octobre 2005

Interruptus, de Daniil Harms

INTERRUPTUS ou l’EMPECHEMENT de DANIIL HARMS
Mise en scène et scénographie de Claude Bazin
Au Lavoir Moderne Parisien du 4 au 14 octobre, et au Proscenium du 9 novembre au 3 décembre.

Au paradis des esprits inclassables, Daniil Harms doit côtoyer ses parrains et ses filleuls en absurdie. Interruptus a pour cadre l’ex-Union Soviétique, du temps du petit père des peuples. Harms, surréaliste de génie, auteur singulier, atterrit à l’asile et passa à la trappe (au propre et au figuré puisque interné en psychiatrie et supprimé). Claude Bazin nous propose un homme naïf, décalé, métaphysique, dont les répères volent en éclats et qui ré-interprète le monde. L’univers des contes qui lui est familier l’intrigue, son imaginaire poétique est d’une richesse sidérante. A son écoute Bazin a voulu une mise en scène et une scénographie minutieuses et généreuses multipliant les trouvailles. Un florilège de petits meubles montés sur roulettes sont véhiculés gaillardement à travers le plateau par deux comédiens et deux comédiennes au talent, au métier et à la vitalité superbes. Ils dansent à la tzigane, les chœurs de l’armée soviétique sont pris en relais par Chostakovitch, on ne se rend pas compte que tout dérape et s’en va vers une conclusion dérangeante. L’interactivité proposée, soit l’ordre des tableaux et des scènes tiré au sort par les spectateurs, n’y changera rien, la boucle se boucle et le tableau final est le même que celui du début. Un travail d’équipe parfait. Un spectacle intelligent, fort, baroque, bouleversant et beau, tout simplement.