31 octobre 2005

Juste la fin du monde, de Jean-Luc Lagarce

JUSTE LA FIN DU MONDE de JEAN-LUC LAGARCE
Mise en scène de Jean-Charles Mouveaux, assisté de Esther Ebbo
Avec Hugo Dillon, Mélissa Drigeard, Jean-Charles Mouveaux, Jeanne Arès, Renée Gincel
Au théâtre des Déchargeurs, du mardi au samedi à 20h15, jusqu’au 19 novembre
Téléphone : 01 42 36 00 02

Ce que l’on vit entre naissance et mort est irremplaçable mais ce qui échappe au temps est inégalable. Il est urgent de le dire selon Lagarce, homme de théâtre et philosophe. Traverser l’existence aux côtés de ses proches engendre des perplexités. Tout doit être remis en question, à commencer par les mots, ce lait dont on ne sera jamais sevré, ces alliés plus naturels encore que les membres d’une famille. « Je pensais que mon métier serait d’écrire (…) écrire pour se sortir d’un mauvais pas » déclare Louis, le personnage central. Sa désolidarisation d’avec ses frère, sœur, mère, attachés à la signification d’épisodes vécus ensemble leur est devenue intolérable, ils soupçonnent que sa posture se double d’une propension à jouer pour mieux tricher. Très droit dans son long manteau noir, attentif, amusé ou grave, Louis écoute. Reproches ou mini-procès d’intention. Antoine, frère cadet coincé dans le rôle du médiocre par l’aura indécryptable de son aîné, tente de régler ses comptes avec lui. Les soeur et belle-sœur, jeunes femmes acidulées ou agitées, mais bellissimes, et leur mère et belle-mère légèrement dépassée, rameutent des souvenirs communs. Elles racontent. Louis se tait. On danse, boogie, slow. C’est joli, drôle. Séquences dans un noir troué par des lumières de lampes-torches, mini courses-poursuites entre coulisses et plateau. Louis parle. La famille se fige. Cinq chaises alignées, désalignées. Les comédiens dont Jean-Charles Mouveaux s’est entouré sont incisifs, éblouissants. Aucune morbidité malgré la fin troublante où la mort reste en filigrane. Lagarce a disparu cinq ans après avoir écrit cette pièce intense dont on ne sort pas indemne
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