09 novembre 2005

La Fausse Suivante, de Marivaux

LA FAUSSE SUIVANTE de MARIVAUX
mise en scène Elisabeth Chailloux
scénographie et lumières Yves Collet
au Théâtre des Quartiers d’Ivry jusqu’au 1er décembre
téléphone : 01 43 90 11 11

Soit le cliché qui veut que les personnages de Marivaux soient des aristocrates épris et sincères. Ici nous avons un fieffé coureur de dots, flanqué de domestiques friands de gros émoluments et pourliches, une dame de qualité plus qu’intéressée, une autre qui abuse de son pouvoir de séduction. Une jeune personne bien née et fortunée se travestit en homme pour approcher ce Lélio auquel sa famille la destine. Alias le Chevalier, elle devient son confident. Il lui lance bientôt: « Est-il besoin d’aimer sa femme ? ». S’ensuit l’aveu qu’il ne pourrait aimer son épouse qu’une quinzaine de jours, puis se dispenserait de la voir. (…) Ce serait « autant de gagné ». Pourquoi la Comtesse que Lélio courtise lui demande-t-elle: « Et qu’est-ce que c’est que ma main sans mon coeur ? » Plus tard elle éructe presque: « Ah ! que je hais les hommes à présent ! Qu’ils sont insupportables ! » Le soi-disant Chevalier dont la naïveté n’est pas la caractéristique première, a vite pris la mesure de ceux qu’elle va confondre cruellement. Elisabeth Chailloux démasque d’emblée les trois nobliaux en leur donnant à jouer une certaine exaspération selon ou malgré des répliques brillantissimes. Sur le plateau, les maîtres se défient, se houspillent, s’empoignent ou s’étreignent. Les valets alternent cachoteries et révélations, s’épanchent, gesticulent. Un oiseau moqueur siflotte des mi-temps, des arbres se balancent sur la toile du fond et la marée de feuilles mortes qui couvre la scène crisse sous les pas des comédiens en costumes soit d’époque, soit contemporains, soit mixtes. La scénographie épurée d’Yves Collet est chargée de symboles, les divertissements musicaux offrent de bienheureuses pauses. Adel Hakim est un Trivelin rondouillard embobineur, qui lance la machine du rire à la première scène et la réactive à chaque apparition. Natalie Royer en Chevalier, ni ambiguë ni vraiment androgyne, est plutôt un lutin, un vibrion. Face à elle Charlie Windelschmidt, Lélio élégant, roule suffisamment les mécaniques pour figurer un macho ordinaire. Comtesse aux pieds nus dans le parc où se déroule l’action, la gracieuse Valérie Crunchant est énigmatique dans une panoplie de robes affriolantes. David Gouhier est un Arlequin désopilant et Bernard Gabay un Frontin entremetteur gaffeur mais empathique. Un Marivaux qui décoiffe.