14 novembre 2005

Le chemin de la fortune, de Marivaux

LE CHEMIN DE LA FORTUNE ou Le Saut du Fossé, de Marivaux

mise en scène Diane de Segonzac, avec Nathalie Hamel, Alexandre Barbe,
Aïcha Finance, Jean-Pierre Muller, Sabine Lenoël, Alain Rignault
au Théâtre du Nord-Ouest les 14,19,30 novembre et les 15, 23, 26 décembre.
téléphone: 01 47 70 32 75
Sur le plateau un personnage prétend avoir déniché les manuscrits d’un ami et se met à en lire des extraits. Il s’agit du Cabinet du Philosophe où Marivaux confie entre autres son ravissement d’avoir découvert « le monde vrai, celui des hommes qui disent la vérité, qui disent tout ce qu’ils pensent (…) qui montrent toujours leur âme à découvert ». On flaire le canular. Grommellements de comédiens qui s’impatientent en coulisses. L’homme enjoint la régie de faire surgir et d’illuminer le palais de la Fortune mais, feuillets en main, poursuit ses commentaires. Il est alors baillonné par les comédiens qui ont fait irruption sur scène. Prologue accrocheur. Se côtoient alors des personnages allégoriques: Scrupule et Cupidité, jolies jeunes femmes incisives, également des gentilhommes et des dames qui s’interpellent et philosophent à tout va, précédés par quelques mesures de Vivaldi, Satie, Wagner, Saint-Saëns, Debussy etc. Soit comment atteindre la fortune sans mettre au placard nombre de principes moraux, c’est-à-dire franchir un certain fossé. Marivaux conseille d’abord: si vous êtes amateur de belles lettres, sollicitez plutôt Apollon que Dame Fortune car elle « ne connaît que les lettres de change ». Petits pas dansés d’une aimable Clarice emberlificotée par les visées offensantes de ses soupirants. On sourit. Un Monsieur Rondelet avec intonations provençalo-joviales évoque tous les Arlequin fanfaronnants du répertoire. On rit. La déesse Fortune pétulante, facilement offusquée, mais somptueuse dans sa robe d’or est juchée sur l’escalier central et sert d’arbitre à la petite bande qui la courtise. La démarche de Diane de Segonzac est aux antipodes de certaines mises en scène plus qu’ambitieuses ou tristounettes qui récupèrent l’auteur régulièrement. Spectacle pétillant, intemporel, farfelu, ce chemin-ci est un itinéraire de rêve et mérite que vous fassiez à nouveau le détour par le Nord-Ouest