20 novembre 2005

Mahattan Medea, de Dea Loher

MANHATTAN MEDEA DE DEA LOHER
du 18 au 27 novembre au théâtre Jean-Vilar de Vitry-sur-Seine
téléphone : 01 55 53 10 60
Franchissant de nouveaux océans, échouant dans une Amérique paradoxale, les mythes antiques trouveront-ils une nouvelle légitimité ou, épuisés, perdront-ils leur fascination?
Dans un Lower-East side story Dea Loher reprend l’histoire de ces Argonautes qui n’ont cessé de vouloir prendre la mesure de leurs pouvoirs, de leurs protections et de leurs malédictions. La langue de l’auteur aux images fulgurantes est superbement rendue dans un français rythmé et poétique. Médée (charnelle, fragile et forte Alexandrine Serre) est à Manhattan pour y retrouver son Jason (Sydney Wernicke, sobre et habité). Dotée de pouvoirs insensés, elle a remué des montagnes pour celui qui a pris leur enfant en otage et s’apprête à épouser la fille d’un roi légendaire reconverti en patron de sweat-shop (Marc Brunet, efficace). Jason à Médée: « Je n’ai jamais voulu rester avec toi. Jamais. Le feu et l’eau ne vont pas ensemble ». Lucidité, cruauté ou les deux, indissociables chez un couple ordinaire. Leur passé à eux est jonché de morts, lui a aidé sa mère à disparaître, elle a supprimé un frère encombrant. Medée, comme son modèle grec, finira par tuer sa progéniture, le meurtre étant seulement suggéré par la mise en scène. Dea Loher les a entourés d’individus étranges, Vélasquez ( élégant Gaëtan Kondzot) gardien d’immeuble, peintre à ses heures, est l’entremetteur des dieux sans le savoir. Deaf Daisy (Anthony Roullier étrange et émouvant) sourd mais au lyrisme shakespearien chante à ravir, c’est peut-être le drag-queen voisin de Médée dans l’ hôtel newyorkais miteux où elle loge. Le boss, futur beau-père de Jason, symbole de la réussite insolente d’émigrants malins n’a plus l’usage de ses jambes. Dirigés subtilement par Marie Tikova, les comédiens évoluent dans un décor aux allures de labyrinthe, avec de simples cadres de bois vides dressés à la verticale qui seront éliminés l’un après l’autre. La pièce singulière et touchante y prend sa pleine dimension symbolique.