18 novembre 2005

Roméo et Juliette, de Shakespeare

ROMEO ET JULIETTE, de SHAKESPEARE
au Théâtre 13, mise en scène de Benoît Lavigne
mardi, mercredi, vendredi, samedi à 20h30, jeudi à 19h30, dimanche à 15h30. Téléphone : 01 45 88 62 22

Vous vous souvenez ? Ca commence plutôt mal. Le prologue prophétise des catastrophes causées par des haines tribales. Débarquent des jeunes gens qui se défient, les Capulet provocant les Montaigu. Benoît Lavigne invite des loubards en cuir noir à se castagner sur fond de sono crépitante et d’intermèdes hip-hop. Sa mise en scène a la bougeotte, les comédiens dévalent les escaliers entre les gradins pour atterrir au milieu du public. Ca réconforte au cas où des monologues (celui de Mercutio, l’ami fantasque, maître à rêver de Roméo) feraient décrocher des spectateurs peu émus par la poésie du Grand Will. Notez qu’elle est parfaitement restituée grace au choix de la traduction ingénieuse et sensible de Jean-Michel Déprats. Au centre un podium, à jardin une architecture de poutrelles, rien d’autre. Roméo, à un bal masqué chez ses ennemis, drague gentiment et vite fait une Juliette accessible. On a l’impression qu’hier, ils auraient pu être copains-complices au lycée du coin et se sont découvert une pulsion les menant à aller plus loin. Pour se marier et parce qu’on est quand même censé être au seizième siècle dans une Vérone catholique, ils convoquent un Frère Laurent compatissant, lequel, ici , est rigoriste, plus faux-cul que maladroit. Juliette délurée, appétissante, limite sale gamine, fait de jolis pieds de nez à la vie, comme elle en fera à la mort. Roméo est enjoué, décontracté, sympa et Mercutio, narcissique déjanté, est son âme damnée plutôt que son confident. Des femmes tentent d’endiguer les ardeurs de Juliette, de la protéger. Lady Capulet est gracieuse ou tendre mais dépassée, elle aussi, et la nourrice réaliste a une gouaille parigotte. De meurtres en rendez-vous manqués la mort des héros est programmée, suivie de la réconciliation des clans prônée par un Prince au discours paternaliste, mais que Shakespeare a dépeint comme incapable de faire régner l’ordre chez lui. Genre grand spectacle, ce Roméo et Juliette s’adresse à un public toutes provenances. La pièce bien-aimée a été surtitrée corrida amoureuse par Benoît Lavigne. Adepte de réalisations musclées, il l’a voulue contemporaine, intemporelle, universelle et, bien sûr, d’une actualité criante.