17 décembre 2005

Landru, de Laurent Ruquier

LANDRU, DE LAURENT RUQUIER
mise en scène de Jean-Luc Tardieu, au Théâtre Marigny, jusqu’en mars (au moins)
Tél : 08 92 22 23 33

Landru se vante de ses 283 conquêtes féminines, de sa panoplie d’identités et de ses pseudonymes, au risque de s’embrouiller les pinceaux et de manquer son objectif, qui est d’harponner ses proies pour les consommer ou les consummer, le jeu de mots est dans le texte. Il recense les domiciles d’appoint où il conta fleurette à Henriette et autres Célestine, recrutées par annonces matrimoniales, qui se sont précipitées dans ses bras. Avec sa légitime: Marie-Catherine, mère de Marie, Maurice, Suzanne et Charles (la rafale de prénoms bienséants a du amuser Laurent) c’est une scène presque plon-plon au domicile conjugal : « Moi ! te tromper ? » L’auteur a voulu coller à l’itinéraire d’Henri-Désiré: jeunesse marquée par le suicide de son père et encore la guerre de Quatorze que, quadragénaire, il brandit comme excuse pour ses rapports sordides avec l’argent, activés par la crainte de manquer en temps de conflit, voyez magouilles subséquentes. La démarche est sympathique, et les confrontations de l’énergumène avec des dames plus ou moins pétaradantes réjouissent. Cher Marcel Cuvelier, vous êtes tellement efficace en vieux monsieur périphérique, subconscient, qui a tout compris : « Pourquoi tuez-vous toutes ces femmes ? » Les derniers épisodes sont une mise bout-à-bout de citations authentiques de celui qui aborda sa fin comme s’il était déjà aux abonnés absents: « Grâce à l’affaire Landru, les femmes seront désormais plus prudentes. » Bizarrement, et comme pour se démarquer de lui, de ses intonations et tics de langage, les partenaires de Régis Laspalès surjouent cette juxtaposition de tableaux sans progression dramatique. On se demande quelle fascination un tel Landru aurait pu exercer. Mais, façon paquet-cadeau, il y a des musiques finaudes et guillerettes pour opérette et, en feu d’artifice, un décor qui fait s’évanouir les arbres rafraîchissants d’une première toile de fond pour faire place à des façades d’immeubles parisiens réconfortantes. Des éléments centraux pivotent, la chambre à coucher, en quelques minutes, secondes, est devenue une cuisine familiale, ou est-ce l’inverse ? pour finir en cellule de prison stylisée, à coup de transformations dont la poésie confine à la magie. A voir, peut-être, pour un tel ravissement.