24 décembre 2005

Samuel dans l'île, de JC Deret-Breitman

SAMUEL DANS L’ILE
ou Le Violon de David, de J.C. Deret Breitman, mise en scène Sonia Vollereaux; avec Jean-Claude Deret, Yvon Carpier, et Liviu Badiu au violon. Au Funambule, du mardi au samedi à 21 heures, téléphone : 01 42 23 88 83.

La pièce impose son rythme petit à petit, mais au lever du rideau la scène est encombrée d’objets hétéroclites, avec un vieux poste TSF des années quarante en majesté. Une lucarne améliorée donne sur un horizon turquoise et tropical. C’est l’univers d’un bricoleur dans une cabane rafistolée. Pourquoi Samuel (excellent Jean-Claude Deret, également auteur de l’oeuvre), nouveau Robinson pour île du Pacifique, a-t-il échoué là ? Derrière un rideau, le violoniste joue un air à faire remonter le cours du temps et retrouver David, tous les David perdus. Arrive un jeune homme raide, crâne rasé, avec restes d’uniforme militaire allemand et accent de même. Nous sommes en 1945, lui c’est Günter (Yvon Carpier, parfaitement plausible), dont on apprendra qu’il a 25 ans, est né dans une famille d’origine huguenote émigrée en Allemagne. Cinq jours auparavant, son parachute l’a plaqué au sol. Samuel l’a recueilli. Comment se déroulera la cohabitation entre l’ancien médecin juif, qui a exploré tous les métiers, peut-être rêvé de Prix Nobel, été hébergé par des Creusois, aux années plus que sombres, et le jeune homme dont le nazisme a volé la jeunesse. Il finira par recracher tout ce qu’on lui a fait avaler, parce que l’astuce, la tendresse, l’intelligence et la vigilance du vieux monsieur l’y mèneront. Les naufragés, attendant qu’on les repère, assisteront de loin aux derniers soubresauts maritimes de la guerre. Sonia Vollereaux a mis en scène ses comédiens avec enthousiasme, et l’œuvre, parfaitement charpentée, est émouvante et drôle.