25 janvier 2005

Rue de Babylone de Jean-Marie Besset

Mise en scène de Jacques Lasalle
Avec Jean-Marie Besset et Robert Plagnol
Au Théatre Rive Gauche

La pièce de cet auteur adaptateur et homme de théâtre complet avait été un des événements du début de saison au Théatre du Petit Montparnasse, elle
s’installe quelques numéros plus bas rue de la Gaîté, et c’est Jean-Marie Besset lui-même qui reprend le rôle créé par Samuel Labarthe.
Confrontation inopinée entre deux individus qui n’ont apparemment en commun ni origine sociale, ni buts dans l’existence et vont prendre la mesure l’un de l’autre, s’affrontant comme des animaux pour délimiter leurs territoires dans un no man’s land où les objets sont autant de menaces, évoque les œuvres-chocs de Harold Pinter ou Edward Bond, mais ici le contexte est bien français, parisien, d’une actualité troublante.
Ce face-à-face dérangeant, le revirement de situations qu’on pressent et son issue tirent toute leur force et leur justesse de l’écriture maîtrisée, minutieuse qui façonne des personnages hallucinants de vérité.
La mise en scène et la direction d’acteurs magistrales de Jacques Lassalle font le reste. Les éléments du décor, une porte d’entrée cossue, un hall d’immeuble immaculé avec minuterie bruyante et ascenseur inhumain, l’échelle métallique anachronique et criarde préfigurent ou accompagnent un suspense qui s’achève sur des paroles et des répliques simples, déchirantes. Les comédiens sont éblouissants. C’est un vrai grand moment de théâtre .

18 janvier 2005

La controverse du hublot de babord de Robert-Georges E. Emion

mise en scène de Nicolas Bataille avec Xavier Lemaire
et René Remblier
au Théatre de la Huchette
A bord, en mer, pas question de contestation, sinon c’est pagaïe, mutinerie, etc. Le «pacha» d’un navire de marine marchande en grand uniforme, casquette enfoncée jusqu’au sourcils, allongé sur un lit qui occupe deux tiers de la scène, catéchise son second, au garde à vous. Son discours est un fatras de lieux communs, d’aphorismes douteux et autres considérations vaguement philosophiques relookées dans le but d’impressionner l’officier et de lui faire douter de tout. Il est somptueusement odieux dans l’exercice de son pouvoir de maître après Dieu et détenteur de la vérité. «Avoir envie c’est être en vie», «Le hasard vogue sur l’autorité», «L’espoir est accablant». Le second ahuri, accablé, s’aperçoit par hasard en inspectant la cabine que leur bateau n’a pas de hublot, pas de proue, pas de matérialité, pas de … A part une vue sur un extérieur flou même pas artistique. Tentera-t-il la contestation ? L’auteur nous aurait diaboliquement largués si un retournement de situation avec inversion des rôles ne faisait tout basculer au changement de quart. Canular métaphysico-farcesque, plus loufoque, tu suffoques.
L’auteur : Robert-Georges Emion, Nicolas Bataille : le metteur en scène maison, et leurs joyeux gaillards de comédiens complices ont ficelé ce spectacle-exutoire en forme de pied de nez à tous les politiquement correct, dans l’authentique tradition huchettienne.

17 janvier 2005

Judith de Claude-Henri Rocquet

Sur le thème : «Seigneur pourquoi m’as-tu choisie pour réaliser tes desseins ?» cette pièce tonique et poignante a une construction originale. Bérangère Dautin, Sabeline Amaury et Pétronille de Saint-Rapt mises en scène par Michel de Maulne y sont remarquables.
Théâtre Molière. Jusqu’au 20 février. Tél : 01 44 54 53 00

16 janvier 2005

L’illusion Comique de Pierre Corneille

Au Théâtre de Gennevillers
«Voici un étrange monstre que je vous dédie», écrit l’auteur en 1639 à Mademoiselle M.F.D.R. à propos de son oeuvre la plus singulière, la plus attachante. Le bienheureux «monstre» se termine par l’éloge de ce qui constitue «le divertissement le plus doux de nos princes, les délices du peuple, et le plaisir des grands» : le théâtre. Ici il y a théâtre dans le théâtre, avec réminiscences de Shakespeare et préfigurations de Pirandello.
La pièce est mise en scène de façon lumineuse et musicale. Les comédiens visités font parfaitement entendre la langue de Corneille. L’illusion opère et la désillusion est douce et salutaire, pour notre plus grand plaisir.

08 janvier 2005

Duel avec Laurent Cirade violoncelle, Paul Staicu piano

Mise en scène Agnès Boury
Au Vingtième Théatre
Deux musiciens classiques au talent et à la virtuosité à se pâmer métamorphosés en clowns, mimes, personnages de BD, de dessins animés, de films culte.
La scénographe leur a fignolé acrobaties et gags visuels à l’intérieur de sketches à la durée de rounds. Pas de dialogues, des bribes de commentaires joviaux. Côté musique tout y passe de Bach au blues en passant par Satie et Stravinsky sous forme de pot-pourris.
Spectacle musical, spectacle tout court. Prodigieux.
Du mercredi au samedi à 21h30. Tel. 01 43 57 68 29