27 avril 2005

Etat des lieux avant le chaos, textes de Serge Adam

A la Maison des Métallos
Rien de sinistre malgré le titre. Une dizaine de tableaux avec pour cadre un rectangle métallique cerné de noir. Des jeunes couples s’y adonnent au loto avec frénésie, des stars de médias y signent un ‘protocole de consentement sexuel mutuel’ indispensable avant ébats torrides. Des patrons de chaînes-télé avides de parts de marché à faire crever d’envie la concurrence sont les tortionnaires de leurs scénaristes. Un père et une mère larmoient devant l’exécution en-direct-à-l’-écran d’une meurtrière US devenue icône sanctifiée tandis que leur bébé malade a un dernier hoquet dans la chambre à côté. Des supporteurs de football s’éliminent en un affrontement tribal. Mort d’un prématuré conçu par une quadragénaire au parcours professionnel préalable sans faille. Ebranlée elle prophétise l’anéantissement de la terre, de l’homme, de la beauté si un égoïsme ordinaire triomphe. Un huluberlu a foi en l’avenir. «Laissons la raison à ceux dont le cœur est trop faible pour embrasser l’invisible», il décrochera un contrat pour les drôles de boites qu’il confectionne avec amour.
La scénographie stylisée a pour contrepoint tendre et ironique des musiques et des épisodes mimés, dansés. Les jeunes interprètes ont du punch. La mise en garde de l’auteur trouble et convainc. C’est excellent.
Du mardi au vendredi à 20h30, samedi à 17h00. Tel. 01 47 00 68 45.

22 avril 2005

Ca vous fait quequ’chose ! Cabaret autour de chansons des deux guerres

Théâtre des Déchargeurs
Alexandre Martin-Varroy en collaboration avec Marie Vaina.
Artistes sans esbroufe; charme, émotion, un hommage aux aînés qui ont mis en chansons la vie de tous les jours et les grands moments de l’histoire de notre pays. Aucune aigreur dans le choix des textes et des chansons, une réflexion nuancée ou vibrante sur les guerres.
Quatre comédiens et comédiennes entre vingt et vingt-six ans. Jeanne Brisson à la contrebasse, Stéphane Tsapis au piano, l’inventivité et la fraîcheur mêmes co-signent les arrangements et rejoignent les comédiens-chanteurs Cyril Romoli et Marie-Pierre Rodrigue, l’autorité côtoyant la grâce. De la belle ouvrage.
Du mardi au samedi à 20h00. Tel. 01 42 36 00 02.

10 avril 2005

La vie parisienne, de Jacques Offenbach

mise en scène Olivier Desbordes
direction musicale Dominique Trottein
coproduction Opéra Eclaté Midi Pyrenées
au Théatre Silvia Monfort

«Je suis Brésilien, j’ai de l’or et j’arrive de Rio d’Janeir’»,«Je veux m’en fourrer, fourrer jusque là» donc nos mascottes au rayon opérette. Orée de la Belle Epoque, un baron suédois débarque flanqué de sa femme, il brûle d’être initié à la vie du grand monde dans ce Paris au chic suprême : comprenez qu’émoustillé il brûle de s’y encanailler. Il sera la victime plus ébahie que grincheuse d’une supercherie élaborée par un duo de zigotos lesquels lui feront découvrir un Paris de faux ou vrais bottiers, de gantières, de demi-mondaines , déguisés ou pas, voyez amiraux suisses, vos veuves de colonels, avec en prime un Brésilien à l’accent interlope et une vamp avant la lettre Métella, qui n’est dupe de rien.
Les librettistes Meilhac et Halévy souhaitaient peut-être dénoncer les bourgeois d’alors ou de toujours, avides, cyniques, hypocrites, peu ragoûtants. Olivier Desbordes a opté pour un mode surréaliste. Hommes attifés en danseuses de cancan, et autre Lac des Cygnes relooké burlesque, cariatides mâles aux épaules mi-dénudées soutenant un décor prêt à vaciller entre des enfilades de gags.
On ne saisit pas toujours les paroles des airs confiés à des chanteurs et des chanteuses aux voix splendides, accompagnés par une dizaine de jeunes musiciens parfaits, peu importe. Quant aux adresses à la cantonade et autres minauderies, cela faisait partie du jeu à l’époque, n’est-ce pas ?

06 avril 2005

La Tour Effel qui tue, de Guillaume Hanoteau

Mis en musique par Georges Van Parys, couplets de Jean Marsan
par La Compagnie des l'Aube
Mise en scène et scénographie : Philippe Carle-Empereur et David Margonstern
Au Théatre du Renard

Six comédiens et quatre comédiennes, jouent vingt-sept rôles. Le pianiste les escorte avec bonhomie. Sur une scène au décor minimal des personnages biscornus, grandiloquents, vrais ou faux naïfs, répliques de ceux qui peuplaient les lieux chauds de la capitale à la fin du 19éme siècle. Soit vos gouapes, fleurs du pavé, demi-mondaines et vieux beaux éméchés, le microcosme courtisé par les humoristes d’alors et ressuscité par l’auteur façon canular.
Guillaume Hanoteau y a adjoint les néo-monstres baroques qu’il aime. Ce spectacle est du vrai théâtre avec ses ressorts, ses ficelles et ses lanternes magiques. Et les chansons joliment poussées par tous. Des effets stroboscopiques, autres ajouts et péripéties visuelles sont dus au metteur en scène qui a souhaité actualiser un monument de cocasserie historique.
Donc, la Tour a été considérée dès sa naissance comme une hérésie esthétique, selon la caste omnipotente des polytechniciens qui sont trois sur scène, diversement formatés, bicornes inclus : ils soutiennent que «Mathématiquement, la Tour n’existe pas !!!» C’est un anti-talisman. Sa représentation même miniaturisée porte la poisse, d’où les crimes et meurtres mystérieux qui sidèrent les contemporains.
Soit aussi un poète : Christophe, sa muse : Marie-Nuage Eiffel , fille de... Voilà pour l’ épisode fleur-bleue. Le manège se remet à tourner, ça swingue, ça pivote, ça re-chante, c’est généreux, ça fait rêver et hoqueter de rire.
Les comédiens se sont pris au jeu. Qu’importe «la terrible réalité» ultime de cette authentique farce.