31 mai 2005

La traversée de la nuit, de Geneviève De Gaulle Anthonioz

Mise en scène : Cesare Capitani Jeu : Esmeralda Kroy
Espace Quartier Latin

Entre «La porte s’est refermée lourdement. Je suis seule dans la nuit» et «L’aube se lève à peine, c’est peut-être celle de l’espérance ?» la traversée aura eu lieu, puisque la libération quasi-miraculeuse de la détenue se laisse deviner. La jeune fille gaie et grave, réfléchie et enthousiaste s’est engagée dans la Résistance, la fleur au fusil. A Ravensbrück la voici isolée pour une raison inconnue dans une antichambre de cette mort aux allures de supplice dont la fréquentation est devenue presque banale. Geneviève communiait avec ses co-détenues dans la tendresse et la compassion. Séparée d’elles, dans son cachot, elle abolit un temps qui ne signifie plus rien, accueille chaque instant avec ferveur et convoque les souvenirs de son enfance au cœur d’une famille chaleureuse. Montent en elle des rêves qui l’intriguent ou la réconfortent, des prières avec fragments de psaumes.
L’évocation des œuvres d’art qui ont nourri sa sensibilité sont des bouffées de beauté. Les flash-backs se côtoient dans un ordre résolûment peu chronomogique, donnant son rythme à ce récit qui serait insoutenable s’il était moins pudique et moins vibrant. La remarquable comédienne à la silhouette gracieuse et au port élégant est éclairée de l’intérieur. Lumières et musiques font écho à son émotion.
Reprise du 16 octobre au 2 novembre 2005. Tel. 01 43 37 59 27.

25 mai 2005

Macbett, de Eugène Ionesco

Au Théâtre 13
Le metteur en scène a sauté à pieds joints par-dessus les indications scéniques originelles pour rendre au texte sa dimension de chorégraphie verbale. Ca parle à tout berzingue, ça chante, ça chuchote, mais ça se fait magistralement entendre. Le thême est la paranoïa fréquente chez les chefs de guerre victorieux à répétition. Ubu est en planque et Shakespeare cul par-dessus tête, les cartes sont redistribuées avec usurpations d’identités en cascades : le doux Duncan est devenu un despote caractériel et crapoteux, Lady Macbett est aussi Lady Duncan, qui elle-même est une sorcière, etc. Des affreux jojos qui se croient valeureux pulullent.
La mise en scène et la scènographie bousculent, les comédiens sont drôlatiques. Catharsis garantie.

Les Révérends, de Slawomir Mrozek

Au Théâtre 14
Une communauté de néo-pseudo-chrétiens-d’obédience-vague, dans une bourgade de la côte est des Etats Unis, de nos jours. Un «comité d’accueil» attend son futur pasteur. Le jeune homme charmant et enthousiaste qui se présente avoue son origine juive. Les sourcils se froncent. Une jeune femme débarque, motivée et charismatique, dépêchée elle aussi par les autorités ecclésiastiques. Les sourcils se refroncent. Qui choisir? Et puis ça bascule, les notables paroissiaux se révèlent être des truands ou des détraqués, un désoeuvré sataniste fait éclater des bombinettes en coulisses, les deux révérends jugés peu coopératifs mais devenus solidaires sont ligotés, et…
C’est une farce et un conte moral astucieux qu’un Mrozek plus élucubrant que jamais vous a concoctés. Les neuf comédiens sont savoureux, la mise en scène huilée à ravir.

07 mai 2005

Une mauvaise rencontre, de Charles De Gaulle

Au Théâtre du Nord-Ouest
En 1905 de Gaulle a 15 ans et écrit en alexandrins impeccables une saynète comique pour deux personnages qu’il jouera en famille avec pour partenaire son cousin. Nuitamment, au coin d’un bois un quidam pressé de retrouver son foyer se trouve face à face avec un détrousseur fils d’une Espagne néo-hugolienne côté César de Bazan, ou cousin des personnages flamboyants de Rostand. Le brigand révolté ou résigné, vrai ou faux fataliste, larmoyant, mélancolique, épique et grandiloquent tient au voyageur un discours tel que celui-ci lui cèdera l’un après l’autre son chapeau, sa veste, ses souliers, son manteau, sa montre et sa bourse.
Pochade aboutie,le langage se fait preneur d’otage, c’est drôle et efficace. Rapport tout en finesse entre deux excellents comédiens. Mise en scène lunaire : cette rencontre est une aubaine.