30 novembre 2005

Le théâtre ambulant, d'après Lioubomir Simovitch

LE THEATRE AMBULANT D’APRES LIOUBOMIR SIMOVITCH
au Centre culturel Jean-Houdremont à La Courneuve
jusqu’au 18 décembre, mercredi, vendredi, samedi à 20h30, jeudi à 19h et dimanche à 16h30
téléphone 01 48 36 11 44
Jean Maisonnave du Grenier de Bourgogne et Dominique Brodin du Centre dramatique de la Courneuve ont monté ensemble Kraus, Shakespeare et Tchekhov. Cette saison ils ont choisi le Théâtre Ambulant de Lioubomir Simovitch, dramaturge et poète né en 1935 en Serbie, anticommuniste dont les pièces furent longtemps interdites dans son pays. Transposée et recomposée, la pièce est virulente sur fond de guerre, de sang versé et d’occupation, voyez France et années quarante. En apposition au texte, des citations d’une vingtaine d’auteurs (Musset, Cocteau,Vinaver, Wesker, Woody Allen & cie) redisent la nécessité universelle du théâtre et des comédiens qui le font vivre par tous les temps. Sur un plateau magistral douze personnages s’affairent, s’envoient les répliques mordantes et imagées de l’auteur. Le décor est inspiré, à jardin une vieille bagnole a échoué près de la roulotte, théâtre de poche regorgeant d’accessoires magiques. En face un bassin d’eau où des femmes plongent les draps qu’elles étendent et qui figureront des murs ou des écrans. Au centre un espace vide vaguement angoissant. Que va-t-il en surgir? Comment les récents maîtres du pouvoir et leurs séides dangereux et armés vont-ils cohabiter avec les citoyens et leurs familles ordinaires? Quant aux comédiens, quels seront leur place et leur rôle? Sachez seulement qu’à la fin le bourreau, l’exterminateur, dit le Broyeur, sera retrouvé pendu mais tenant un bleuet à la main. Tout sera apparemment sauf. La quasi-fable de Simovitch est défendue par une troupe alerte, à la cohésion totale qui nous entraîne dans une aventure exemplaire.

24 novembre 2005

Thomas More, d'après Robert Bolt

THOMAS MORE, UN HOMME POUR L’ETERNITE
d’après la pièce de Robert Bolt
mise en scène d’Iris Aguettant
au théâtre Le Trianon du 10 au 29 janvier 2006
du mardi au samedi à 20 heures, dimanche à 16 heures
téléphone 01 43 37 12 12

Un homme seul était le sous-titre donné par Vilar à la pièce en 1963. Un homme pour l’éternité est le film six fois oscarisé dont le scénario est la pièce intitulée par son auteur: A man for all seasons, et Dieu sait que l’Angleterre se vante d’avoir quatre vraies saisons. Robert Whittinton, son contemporain, a dit de More qu’il possédait l’intelligence et l’esprit d’un ange, une élégance, une humilité et une affabilité incomparables, et que, joyeux et aimant la vie, il paraissait parfois grave, en proie à une certaine tristesse. C’est ce que joue Philippe Bardy, le Thomas d’Iris Aguettant. Il est un mari et père plus qu’aimant, le sujet et collaborateur du roi plus que loyal, et celui qui mourra pour avoir dénoncé un acte du Parlement qu’il juge en contradiction avec la loi de Dieu. Insincérités, esquives, parjures et intrigues de cour. Costumes résolument ternes mais avec des manteaux somptueux jetés par-dessus pour des comédiens qui s’investissant à fond dans leurs personnages historiques et finissent par ressembler aux portraits dus à Holbein. L’élément central du décor est une réplique de cette Porte des Traîtres menant aux cachots de la Tour à Londres où séjournèrent favoris en disgrâce et reines répudiées avant d’avoir la tête tranchée. Dont More, auteur de cette fameuse Utopie où il fustige à jamais l’abus de tous les pouvoirs, prône la justice sociale et la tolérance religieuse, ce même More qui opposa à son roi une rectitude politiquement parfaitement incorrecte. Le tout est très bien mené, même si cette adaptation française a un peu délesté la pièce de son humour et de sa verve.

23 novembre 2005

Le manteau, d'après Gogol

LE MANTEAU D’APRES GOGOL
adaptation et mise en scène: Alain Mollot
au Café de la Danse, jusqu’au 31 décembre
du mardi au vendredi à 20h30, samedi à 17 h et 20h30
téléphone: 01 47 00 57 59

Jubilatoire, mais qu’on ne peut pas (et qu’il ne faut surtout pas) raconter, le sujet n’étant qu’un prétexte pour ce spectacle fourmillant d’intermèdes ahurissants de drôlerie. Le manteau neuf, bleu ou pas avec ou sans poches est le rêve d’un certain Akaki, employé de bureau à Saint Petersbourg, comme on sait que le fut Gogol dans les années 1830. Le manteau, symbole ou métaphore, une fois acquis sera volé, et son propriétaire, réduit à sa plus simple expression , reviendra hanter ses concitoyens. Voilà pour la trame. A jardin un musicien joue. A cour les comédiens flanqués d’accessoires désopilants dans des saynètes. La présentatrice-meneuse de revue pour cabaret arpente la scène devant le rideau rouge. La sarabande commence. Apparitions de marionnettes, de pantins, chants, danses, clowneries, numéros avec échasses, séquences d’ombres chinoises, et le pauvre Akaki là-dedans? On ne cherche plus à comprendre, on se laisse prendre par la féérie tout en saluant au passage le travail technique de la troupe, les lumières, les éléments de la scènographie, la fantaisie et l’inventivité débridées qui président à l’ensemble. Les comédiens masqués, grimés, travestissent leur voix, aux saluts ils redeviennent des gens charmants et des jeunes femmes ravissantes. Les pirouettes terminées on a conscience que dans la farce à laquelle on vient d’assister, ou plutôt à laquelle on a pris part, l’absurde à la slave masquait une fois de plus le pathétique. Mais on est sûr qu’on recommandera ce Manteau aux copains, à tous les copains et aux enfants des copains
.

20 novembre 2005

Mahattan Medea, de Dea Loher

MANHATTAN MEDEA DE DEA LOHER
du 18 au 27 novembre au théâtre Jean-Vilar de Vitry-sur-Seine
téléphone : 01 55 53 10 60
Franchissant de nouveaux océans, échouant dans une Amérique paradoxale, les mythes antiques trouveront-ils une nouvelle légitimité ou, épuisés, perdront-ils leur fascination?
Dans un Lower-East side story Dea Loher reprend l’histoire de ces Argonautes qui n’ont cessé de vouloir prendre la mesure de leurs pouvoirs, de leurs protections et de leurs malédictions. La langue de l’auteur aux images fulgurantes est superbement rendue dans un français rythmé et poétique. Médée (charnelle, fragile et forte Alexandrine Serre) est à Manhattan pour y retrouver son Jason (Sydney Wernicke, sobre et habité). Dotée de pouvoirs insensés, elle a remué des montagnes pour celui qui a pris leur enfant en otage et s’apprête à épouser la fille d’un roi légendaire reconverti en patron de sweat-shop (Marc Brunet, efficace). Jason à Médée: « Je n’ai jamais voulu rester avec toi. Jamais. Le feu et l’eau ne vont pas ensemble ». Lucidité, cruauté ou les deux, indissociables chez un couple ordinaire. Leur passé à eux est jonché de morts, lui a aidé sa mère à disparaître, elle a supprimé un frère encombrant. Medée, comme son modèle grec, finira par tuer sa progéniture, le meurtre étant seulement suggéré par la mise en scène. Dea Loher les a entourés d’individus étranges, Vélasquez ( élégant Gaëtan Kondzot) gardien d’immeuble, peintre à ses heures, est l’entremetteur des dieux sans le savoir. Deaf Daisy (Anthony Roullier étrange et émouvant) sourd mais au lyrisme shakespearien chante à ravir, c’est peut-être le drag-queen voisin de Médée dans l’ hôtel newyorkais miteux où elle loge. Le boss, futur beau-père de Jason, symbole de la réussite insolente d’émigrants malins n’a plus l’usage de ses jambes. Dirigés subtilement par Marie Tikova, les comédiens évoluent dans un décor aux allures de labyrinthe, avec de simples cadres de bois vides dressés à la verticale qui seront éliminés l’un après l’autre. La pièce singulière et touchante y prend sa pleine dimension symbolique.

18 novembre 2005

Roméo et Juliette, de Shakespeare

ROMEO ET JULIETTE, de SHAKESPEARE
au Théâtre 13, mise en scène de Benoît Lavigne
mardi, mercredi, vendredi, samedi à 20h30, jeudi à 19h30, dimanche à 15h30. Téléphone : 01 45 88 62 22

Vous vous souvenez ? Ca commence plutôt mal. Le prologue prophétise des catastrophes causées par des haines tribales. Débarquent des jeunes gens qui se défient, les Capulet provocant les Montaigu. Benoît Lavigne invite des loubards en cuir noir à se castagner sur fond de sono crépitante et d’intermèdes hip-hop. Sa mise en scène a la bougeotte, les comédiens dévalent les escaliers entre les gradins pour atterrir au milieu du public. Ca réconforte au cas où des monologues (celui de Mercutio, l’ami fantasque, maître à rêver de Roméo) feraient décrocher des spectateurs peu émus par la poésie du Grand Will. Notez qu’elle est parfaitement restituée grace au choix de la traduction ingénieuse et sensible de Jean-Michel Déprats. Au centre un podium, à jardin une architecture de poutrelles, rien d’autre. Roméo, à un bal masqué chez ses ennemis, drague gentiment et vite fait une Juliette accessible. On a l’impression qu’hier, ils auraient pu être copains-complices au lycée du coin et se sont découvert une pulsion les menant à aller plus loin. Pour se marier et parce qu’on est quand même censé être au seizième siècle dans une Vérone catholique, ils convoquent un Frère Laurent compatissant, lequel, ici , est rigoriste, plus faux-cul que maladroit. Juliette délurée, appétissante, limite sale gamine, fait de jolis pieds de nez à la vie, comme elle en fera à la mort. Roméo est enjoué, décontracté, sympa et Mercutio, narcissique déjanté, est son âme damnée plutôt que son confident. Des femmes tentent d’endiguer les ardeurs de Juliette, de la protéger. Lady Capulet est gracieuse ou tendre mais dépassée, elle aussi, et la nourrice réaliste a une gouaille parigotte. De meurtres en rendez-vous manqués la mort des héros est programmée, suivie de la réconciliation des clans prônée par un Prince au discours paternaliste, mais que Shakespeare a dépeint comme incapable de faire régner l’ordre chez lui. Genre grand spectacle, ce Roméo et Juliette s’adresse à un public toutes provenances. La pièce bien-aimée a été surtitrée corrida amoureuse par Benoît Lavigne. Adepte de réalisations musclées, il l’a voulue contemporaine, intemporelle, universelle et, bien sûr, d’une actualité criante.

15 novembre 2005

Que reste-t-il de leurs amours? par Les Palétuviers

QUE RESTE-T-IL DE LEURS AMOURS ?
Compagnie les Palétuviers
à l’Etoile du Nord jusqu’au 20 décembre
téléphone : 01 42 26 47 47

Ce qu’il y a de curieux à propos de Mai 68 c’est que plus on essaie de le raconter, moins on y arrive. Qu’on l’ait ou non vécu, à Paris, au Creusot ou ailleurs, qu’on ait questionné des grands-parents qui auraient souri en s’en re-souvenant, sauf s’ils étaient du côté de la barricade où on se faisait matraquer. Ne pas pouvoir le raconter, alors le chanter pour lui restituer son côté utopique et généreux. Le monde, forcément à portée de la main, était à refaire. On fomenterait une révolution contre la machine et la société marchande, nous rappellent les Palétuviers qui servent ce discours à la sauce lyrique, transfigurant tout à l’aide d’airs, de poèmes et de chansons qui sont l’adéquation de la période. Ils sont là: Vian, Ferré, Brassens, Nougaro, Barbara, Gainsbourg, et aussi Moustaki, Dutronc, Le Forestier, Antoine, Nino Ferrer. Agnès Fourtillon, Stéphanie Richard, Laurent Viel et Marc Wyseur sont des fins comédiens qui chantent remarquablement, les arrangements musicaux sont d’une qualité rare comme l’est l’enchaînement des textes et chansons. L’Internationale se conjugue avec Le temps des cerises. Le Chant des canuts et Bella Ciao les prennent en relais et vous mettent K.O. par ce qu’ils ont été chantés par des personnages qui ont probablement payé leurs rêves de leurs vies. Thierry Bretonnet, formidable à l’accordéon, tient le spectacle à bout de bras. Les Palétuviers célébrent brillamment et avec sincérité notre dette envers les soixante-huitards, pour notre grand plaisir.

14 novembre 2005

Le chemin de la fortune, de Marivaux

LE CHEMIN DE LA FORTUNE ou Le Saut du Fossé, de Marivaux

mise en scène Diane de Segonzac, avec Nathalie Hamel, Alexandre Barbe,
Aïcha Finance, Jean-Pierre Muller, Sabine Lenoël, Alain Rignault
au Théâtre du Nord-Ouest les 14,19,30 novembre et les 15, 23, 26 décembre.
téléphone: 01 47 70 32 75
Sur le plateau un personnage prétend avoir déniché les manuscrits d’un ami et se met à en lire des extraits. Il s’agit du Cabinet du Philosophe où Marivaux confie entre autres son ravissement d’avoir découvert « le monde vrai, celui des hommes qui disent la vérité, qui disent tout ce qu’ils pensent (…) qui montrent toujours leur âme à découvert ». On flaire le canular. Grommellements de comédiens qui s’impatientent en coulisses. L’homme enjoint la régie de faire surgir et d’illuminer le palais de la Fortune mais, feuillets en main, poursuit ses commentaires. Il est alors baillonné par les comédiens qui ont fait irruption sur scène. Prologue accrocheur. Se côtoient alors des personnages allégoriques: Scrupule et Cupidité, jolies jeunes femmes incisives, également des gentilhommes et des dames qui s’interpellent et philosophent à tout va, précédés par quelques mesures de Vivaldi, Satie, Wagner, Saint-Saëns, Debussy etc. Soit comment atteindre la fortune sans mettre au placard nombre de principes moraux, c’est-à-dire franchir un certain fossé. Marivaux conseille d’abord: si vous êtes amateur de belles lettres, sollicitez plutôt Apollon que Dame Fortune car elle « ne connaît que les lettres de change ». Petits pas dansés d’une aimable Clarice emberlificotée par les visées offensantes de ses soupirants. On sourit. Un Monsieur Rondelet avec intonations provençalo-joviales évoque tous les Arlequin fanfaronnants du répertoire. On rit. La déesse Fortune pétulante, facilement offusquée, mais somptueuse dans sa robe d’or est juchée sur l’escalier central et sert d’arbitre à la petite bande qui la courtise. La démarche de Diane de Segonzac est aux antipodes de certaines mises en scène plus qu’ambitieuses ou tristounettes qui récupèrent l’auteur régulièrement. Spectacle pétillant, intemporel, farfelu, ce chemin-ci est un itinéraire de rêve et mérite que vous fassiez à nouveau le détour par le Nord-Ouest

09 novembre 2005

La Fausse Suivante, de Marivaux

LA FAUSSE SUIVANTE de MARIVAUX
mise en scène Elisabeth Chailloux
scénographie et lumières Yves Collet
au Théâtre des Quartiers d’Ivry jusqu’au 1er décembre
téléphone : 01 43 90 11 11

Soit le cliché qui veut que les personnages de Marivaux soient des aristocrates épris et sincères. Ici nous avons un fieffé coureur de dots, flanqué de domestiques friands de gros émoluments et pourliches, une dame de qualité plus qu’intéressée, une autre qui abuse de son pouvoir de séduction. Une jeune personne bien née et fortunée se travestit en homme pour approcher ce Lélio auquel sa famille la destine. Alias le Chevalier, elle devient son confident. Il lui lance bientôt: « Est-il besoin d’aimer sa femme ? ». S’ensuit l’aveu qu’il ne pourrait aimer son épouse qu’une quinzaine de jours, puis se dispenserait de la voir. (…) Ce serait « autant de gagné ». Pourquoi la Comtesse que Lélio courtise lui demande-t-elle: « Et qu’est-ce que c’est que ma main sans mon coeur ? » Plus tard elle éructe presque: « Ah ! que je hais les hommes à présent ! Qu’ils sont insupportables ! » Le soi-disant Chevalier dont la naïveté n’est pas la caractéristique première, a vite pris la mesure de ceux qu’elle va confondre cruellement. Elisabeth Chailloux démasque d’emblée les trois nobliaux en leur donnant à jouer une certaine exaspération selon ou malgré des répliques brillantissimes. Sur le plateau, les maîtres se défient, se houspillent, s’empoignent ou s’étreignent. Les valets alternent cachoteries et révélations, s’épanchent, gesticulent. Un oiseau moqueur siflotte des mi-temps, des arbres se balancent sur la toile du fond et la marée de feuilles mortes qui couvre la scène crisse sous les pas des comédiens en costumes soit d’époque, soit contemporains, soit mixtes. La scénographie épurée d’Yves Collet est chargée de symboles, les divertissements musicaux offrent de bienheureuses pauses. Adel Hakim est un Trivelin rondouillard embobineur, qui lance la machine du rire à la première scène et la réactive à chaque apparition. Natalie Royer en Chevalier, ni ambiguë ni vraiment androgyne, est plutôt un lutin, un vibrion. Face à elle Charlie Windelschmidt, Lélio élégant, roule suffisamment les mécaniques pour figurer un macho ordinaire. Comtesse aux pieds nus dans le parc où se déroule l’action, la gracieuse Valérie Crunchant est énigmatique dans une panoplie de robes affriolantes. David Gouhier est un Arlequin désopilant et Bernard Gabay un Frontin entremetteur gaffeur mais empathique. Un Marivaux qui décoiffe.



07 novembre 2005

Flora Tristan, journal adapté par Philippe Dussol

FLORA TRISTAN, LE DERNIER VOYAGE
adaptation Philippe Dussol, mise en scène Anne Bouvier, avec Agnès Vialleton.
Théâtre de Nesle, jusqu’au 31 décembre, du mardi au samedi à 21 heures.

Elle était née en 1803, un an avant George Sand, autre passionaria. Le Journal du tour de France dont Philippe Dussol a assemblé des épisodes significatifs est la chronique du dernier voyage que fit Flora Tristan à l’automne de sa mort. Pétrie de contradictions, provocatrice, mais de si bonne foi, au propre comme au figuré, elle était aussi dotée d’un extrême bon sens. Les paysans, accuse-t-elle, se sont éxilés en ville parce que les propriétaires terriens faisaient jouer la course au rendement. Devenus ouvriers, ils ont été asservis par la loi sauvage du profit. Quant aux bourgeois, ce sont des gredins. Championne d’un amour qui soulèverait des montagnes, parce qu’elle est femme donc surdouée pour celà, Flora veut amener les ouvriers à créer une union universelle. Ensemble on clamerait qu’il existe des devoirs pour tous, mais d’abord qu’il faut exiger le droit au travail et à l’instruction. Les foules la plébiscitent . Meetings aux allures de croisades, de ville en ville. Elle meurt épuisée à Bordeaux, à l’âge de 41 ans. Agnès Vialleton est Flora avec son « instinct de répulsion pour le laid », qui, avant Haussmann envisage des avenues pleines de soleil à la place de ruelles malsaines. La comédienne a pris à bras le corps le personnage qui s’amuse presque de son propre charisme et s’exclame : « Que c’est donc bon de faire le bien ! » Son éxubérance et son abattage font merveille. Quelques meubles et objets d’époque et la petite scène devient une de ces pièces où Flora se posait aux étapes de son ultime périple. Le spectacle est revigorant.


03 novembre 2005

Confiteor, d'Antoine d'Arjuzon

CONFITEOR OU LA DERNIERE HEURE DE MARIE STUART
D’ANTOINE D’ARJUZON

mise en scène Benoit Marbot, avec Anne Coutureau
au théâtre du Petit Parmentier, Neuilly-sur-Seine
du 2 novembre au 10 décembre, du mercredi au samedi à 20h30
téléphone : 01 46 24 03 83

On connaît la part de son existence vécue au grand jour. Marie Stuart a voué son cœur et son intelligence aux pays où elle régna éphémèrement, passionnément. Finesse d’analyse d’un écrivain qui connaît si bien son histoire, tendresse pour la femme. L’héroïne d’Antoine d’Arjuzon possède une grande hauteur et noblesse de vue, elle croit aux liens du sang, aux alliances et aux amitiés mais verra les siens révoqués, trahis, elle avoue être faillible, piégée par les émois de la chair. Sa tentation, son péché ? L’orgueil de croire que souveraine, on peut presque tout, et toute seule. Sur la scène Marie dédie sa confession à Dieu son père, son confident, son juge, refait le parcours de sa vie et se prépare à sa fin ici-bas en invoquant sa mère, la Vierge Marie. Benoit Marbot a respecté les indications précises et le décor dépouillé voulus par l’auteur. Pierre Serval signe des lumières qui magnifient le tout, ou plonge la comédienne dans des pénombres propices, poignantes. Remarquablement dirigée, dans sa robe superbe, un vrai décor, Anne Coutureau est gracieuse, pétulante, véhémente ou impérieuse, enfantine, fragile, lassée, meurtrie, tantôt comme perdue, tantôt raffermie. Sa liberté de gestes alterne avec une gestuelle sobre, sa voix aux inflexions multiples est chatoyante. Confiteor est émouvant et admirable.