14 janvier 2006

Aztèques, de Michel Azama

AZTEQUES, DE MICHEL AZAMA
Mise en scène de Quentin Defalt
Au Théâtre 13, du 10 janvier au 19 février, du mardi au samedi à 20h30, jeudi à 19 h30, dimanche à 15h30.
téléphone : 01 45 88 62 22

1519: culmine une période flamboyante, sur fond de triomphalismes et de désirs hégémoniques que l’époque légitime sans arrière-pensées. Charles Quint est élu à la tête du Saint Empire Romain Germanique, et la conquête de l’Empire Aztèque débute, menée par Hernan Cortés qui se dit mandaté par le Roi d’Espagne. Roi-Dieu, Moctezuma l’accueille avec bienveillance et intérêt. Confiant dans certaines prédictions, il l’a pris pour cet autre dieu, Quetzalcoatl, de retour parmi les siens. Cela dégénère, d’incompréhension en asservissement et massacres perpétrés par les soldats du conquistador. De l’épisode, Michel Azama a tiré une épopée, écrite dans une langue poétique et prophétique à la fois, où se côtoient doutes et foi, mais dont les rêveurs, Moctezuma le premier, feront les frais. (L’Utopie de Thomas More avait vu le jour en 1516. On se souvient aussi de ce qu’il advint à son auteur). Voilà un musicien en robe de moine, violon à la main, puis un pape, Léon X à peine caricaturé, qui se goberge de chocolats, dans une niche tapissée d’images sulpiciennes. Cynique, désabusé, il commentera les événements et dialoguera avec un Cortès aux antipodes, lui-même héros quasi-romantique ou hugolien. Moctezuma descend de ses nuages, c’est un zombie qui se prend les pieds dans ses discours, ses rages, ses révoltes, dont personne ne semble vraiment tenir compte. Des femmes aztèques, magiciennes énigmatiques et désirables, donnent une dimension onirique au tout. Les soldats de Cortès sont des baroudeurs aux motivations évidentes. Et le jeune moine qui fait partie de l’expédition, confiant, naïf, symbolise une conscience et une révolte qui seront bafouées, blessées au point qu’il se roulera par terre, gagné par un certain désespoir. Quentin Defalt fait de l’aventure un éblouissement. Il a voulu ce décor qui est un défi à l’imagination, encombré de caisses entreposées comme dans un sous-sol de musée, dont on ne sait jamais quel personnage va jaillir. La dynamique qu’il impose à ses comédiens, en costumes et maquillages d’un raffinement baroque vous coupe le souffle. Impossible de vous dire tout ce qui vous attend, mais allez aimer Aztèques, vous en nourrir, vous y recharger, vous y réconforter, et re-croire aux vertus du théâtre, si jamais vous aviez douté de sa magie et de sa nécessité.