11 janvier 2006

Ce soir on improvise, de Pirandello

CE SOIR ON IMPROVISE, DE PIRANDELLO
Théâtre des Quartiers d’Ivry, du 5 janvier au 1er février
du mardi au samedi à 20h00, dimanche à 16 heures
téléphone: 01 43 90 11 11

Adel Hakim, qui la met en scène, a eu envie de traduire la pièce où l’auteur des Personnages en quête d’auteur, dans les années 1920, redéfinissait les liaisons dangereuses, les relations fusionnelles entre le théâtre et la vie. Y compris le degré zéro de l’acteur. Dans Ce soir on improvise Pirandello conclut que le théâtre est « un art où les sensations, les sentiments, les pensées ne deviennent ni musique, ni couleur, ni poésie, mais suscitent des êtres humains ». Le canevas est les bonheurs et malheurs d’une famille napolitaine, transposée dans une Sicile dont la population d’insulaires méfiants réprouvera l’exubérance et la joyeuse absence de préjugés. Soit une mère excessive, un père terne, leurs trois filles à la vitalité réjouissante, et des sémillants militaires qui les reluquent, pour commencer. Et puis ça cascade, ça déménage, d’épisodes en tableaux à la teneur et à la verve savoureusement iconoclastes. La deuxième partie vire au mélodrame, culminant grâce à un de ces monologues chéris par l’auteur, tunnel débouchant sur une vraie-fausse mort métaphorique. Mais pour le spectateur le feu d’artifice est permanent. La dramaturgie poussant ou tirant la scénographie, les comédiens ont commencé par débouler de la salle, se poursuivre, se houspiller, s’empoigner, récriminer, nous prendre à témoin de leurs mésaventures. Elisabeth Chailloux joue un metteur en scène dépassé par sa troupe improvisante donc improbable. Le décor est à transformations, des insertions d’airs d’opéra, musiques avec tangos sont renversants au propre et au figuré, les costumes pimpants. Cette farce qui est aussi métaphysique s'assortit d'un joli pied de nez en direction de ceux qui sont des adeptes béats de tous credos et superstitions. C’est vivace, onirique et puissant. Marie-Sohna Condé est une mamma intempestive et savoureuse, Natacha Koutchoumov Mamina, sa fille qui dit si bien ses blessures, est très touchante et leurs camarades plus qu’épatants. Lumières et chorégraphies enchantent. C’est de cela dont nous avons aussi besoin au théâtre.