20 janvier 2006

Les Saônes, de Catherine Zambon

LES SAONES, DE CATHERINE ZAMBON
Du 14 janvier au 17 février à l’Etoile du Nord, lundi et samedi à 19h,
mardi, jeudi et vendredi à 20h30, dimanche à 16h. Tél: 01 42 26 47 47.

La genèse de la pièce, sa mise en mots (ceux de Catherine Zabon sont charnus, imagés, inspirants), l’investissement sans réserve de l’auteur dans chacune des femmes qu’elle a suscitées face à des partenaires masculins, plus noués, moins loquaces, tout trouble à l’infini. Qui est qui, dans ce microcosme cerné par un fleuve plus redoutable que tutélaire, vraiment proche ou forcément lointain, charriant fantômes et secrets. Les personnages réunis dans la vieille maison portent en eux-mêmes leurs saônes, rêves, fantasmes ou réalité douloureuse. Georgie, dix-neuf ans, perturbée, un rien boulimique, tente de s’en sortir en façonnant dans la glaise des animaux et des personnages qu’elle commente de façon étrange et crue. A coup de souvenirs qu’ils lâchent tous par bribes, on comprend, petit à petit, que le Queyron, ce grand-père disparu, noyé dans le fleuve, mais charismatique, guérisseur, notable impeccable, obnubile et hante ceux qu’il a… cotôyés. Le mot est faible. Comprenez à qui il a infligé inceste sur inceste. A la cour, une cabine noire s’illumine pour que Denna y livre sa version des faits.Tante de Georgie, sœur avouée ou inavouée de… mais personnage-clé, sa vue décline, elle s’est perdue, tandis que la smala l’attend pour fêter son anniversaire. La cabine ripera de l’autre côté de la scène, peut-être pour donner le change, mais le monologue de Denna s’y poursuit. Lumières minimalistes, sons brutaux. Chantal Trichet est Madame Bagot, amie de la « famille », faiseuse de crêpes, meneuse de jeu bavarde, qui se veut truculente. Son fils Louis, handicapé (Guillaume Laîné) boite intempestivement. Marie Louët est une Georgie dérangeante qui bafouille ses soliloques, est-ce à dessein ? Claudie Arif est Denna, déchirée et déchirante, qui met tout le monde mal à l’aise. Il y a encore Maryse (Magali Giraudo), jeune femme apparemment charmante et le maître de l’école communale (Philippe Bertin) qui a voix à ce chapitre tourmenté. Au fond de la scène, une porte symbolique finit par s’ouvrir, avant que le mur dans lequel elle est fichée s’écroule, mais n’est-ce pas trop tard, puisque les malédictions ont été ressuscitées et que les trop-dits ont récupéré et englouti les non-dits. La présence lumineuse d’un gamin, P’tit Jean, fils de Maryse, sauve la pièce du naufrage auquel elle nous convie, comme malgré elle.