13 février 2006

Alex Legrand, de Nathalie Fillion

Vraie situation de théâtre avec pour prologue ce monologue à relents hamletiens, où l’anti-héros dit son mal-être, ses vagues nostalgies et appréhensions, le tout avec inclusions d’alexandrins qui ne sont pas forcément de sa façon. Musiques tonitruantes. Le personnage en petite tenue affiche son hyper-activité, débite son texte à la mitraillette, saute et tressaute sur le grand lit barbare à barreaux qui meuble quasi-exclusivement la scène et dont on ne trouve de prototypes que dans les hôpitaux. Donc cet Alex Legrand, fils d’Alexandre Legrand, monsieur respectablissime et d’Alexandra Legrand, son épouse, un brin plus accessible, est l’amoureux d’Annabel (cf. Annabel Lee, poème de… l’auteur truffe régulièrement son discours de citations intempestives) qu’il doit ou veut présenter à ses parents. Mais il a commis un ouvrage-confession, tiré à trois cents exemplaires, lequel a bénéficié d’une critique à la hauteur de son propos, qui est de flinguer son père, merci Monsieur Freud, et sa mère, merci Monsieur Œdipe. Tout, bien sûr, est plus compliqué. Jonathan, voisin-du-dessus débarque, dit ce que son voisin du bas ne dirait pas. Même combat. Les parents d’Alex surgissent d’un placard où une Fin de partie à la Beckett les a relégués, à défaut de poubelle. Imaginez la suite. Ca fonctionnerait peut-être si les jongleries verbales, jeux de mots et autres trucages rimant avec une certaine esbrouffe, dont l’auteur se gargarise, n’enterraient pas son propos. Agitez ça là, on va tenter de le trier. Sans succès, la logorrhée qui s’est installée vrombira. Cependant que les comédiens, efficaces, défendent leur texte avec conviction, tant ils croient à un cadeau. Si le personnage d’Alex avait été confié à quelqu’un de plus jeune, on aurait peut-être adhéré à sa folie adolescente et compris que la fantasque mais charmante Annabel ait envie de lui dire: « N’aie pas peur ». Et si des « cacophonies triomphantes et des inanités sacralisées » selon la formule d’Obaldia, ne desservaient pas ce qui, à partir d’une vraie-bonne idée drôlatique, débouche sur une vraie-fausse bonne pièce, on aurait aimé, enfin apprécié, qui sait ? Question subsidiaire: auront-ils fini par prendre le thé ?

Texte et mise en scène de Nathalie Fillion, avec Sylvain Creuzevault, Chantal Deruaz , Philippe Frécon, Juliette Steimer, Hervé van der Meulen.
Le Lucernaire, du mardi au samedi à 21h30, dimanche: 18h30
téléphone:01 45 44 57 34