07 février 2006

Jeanne au bûcher, de Paul Claudel

Selon Claudel, le personnage central de cet oratorio dramatique « se rend compte du chemin qu’elle a parcouru », Jeanne « est une voix », « on ne peut pas faire parler Jeanne, on ne peut que la laisser parler ». Dans une robe couleur flamme, à demi-éclairée, les mains liées dans le dos, « attachée à son poteau qui représente la foi » elle est là, et ne descendra jamais les trois marches qui la ramèneraient sur le plateau, pour les épisodes rétrospectifs où elle aurait été parmi les siens. Les metteurs en scène l’y remplacent par son double en costume noir de garçon. C’est une des nombreuses inventions attachantes de ce spectacle, incluant des scènes muettes, comme celle où Jeanne reconnaît le Dauphin, dont un autre seigneur a pris la place et revêtu la couronne, ou celle encore où intervient le diable, comme dans les anciens mystères. Elles ne chargent pas la pièce, bien au contraire. Chants,musique d’époque ou pas, airs joués à la flûte éclairent, accompagnent, prolongent les tableaux. Des villageois et villageoises dansent, sortes de santons truculents, prompts à s’esbaudir, ou à s’émouvoir, se figer, percevant vaguement ce qu’il va advenir de la Pucelle, mais en résonnance avec elle. Entre des discours anathémisants en latin et des voix inquiétantes dans la nuit, juges, archevêques et autres nobles odieux auront glapi ou aboyé, ajoutant au fantastique et au grotesque voulus par le dramaturge. Avant que tout ait eu son cours, et que Jeanne la noire, elle aussi dans une robe couleur flamme, ait rejoint celle qui va au supplice, et posé sa tête sur son épaule, Jeanne aura été tendrement rappelée par une voix venue du ciel, et aura dit le triomphe de la joie, de l’amour et de Dieu qui est le plus fort.
Richesse et variété des musiques, des lumières, des costumes dont les couleurs évoquent les peintres de l’époque, utilisation habile de l’espace scénique, bonheur que manifeste la troupe qui y évolue, et sa confiance en la poésie si particulière de Claudel. Que pourrions-nous dire de plus pour vous recommander d’aller rencontrer cette Jeanne-ci ?

Adaptation dramatique et musicale: Nathalie et Jean-Dominique Hamel
Mise en scène: Nathalie Hamel et Jean-Pierre Müller.
ge), Céline Michoulier (Mère aux tonneaux), Jean-Pierre Müller (Frère Dominique), Hélène Renaud (Flûte).
Théâtre du Nord-Ouest, les 7, 8 10 12, 19, 23 février, et 1er, 4, 5 et 19 mars. Pour les horaires et les réservations téléphone : 01 47 70 32 75