26 février 2006

Le projet H.L.A., de Nicolas Fretel


L’auteur vous renseigne: « Chacun de nous possède un code à six lettres et 6 chiffres. Cet H.L.A. (Human Leucocyte Antigen) sert à vérifier les compatibilités en cas de greffe, il symbolise la destinée tragique que se transmettent les trois membres d’une cellule familiale malade ». Nicolas Fretel dit avoir, d’emblée, confié son projet à Denis Lavant et à Razerka Ben Sadia-Lavant, dont la rencontre a présidé à l’écriture et la création de ses premières pièces. Il n’insinue pas que s’il avait confié son texte à qui que ce soit d’autre pour le jeu et la mise en scène, ou que si l’on se contentait de lire la pièce, on risquerait de passer à côté d’une bouffée délirante d'un théâtre qui dégaîne plus vite que l’ombre glauque, côté pile, d’un Docteur Freud, question rapports papa-maman-fiston et de celle démesurée, côté-face, de Mister Jarry pour père-et-mère Ubu. Vous n’auriez pas pu envisager un décor plombé par un aquarium géant avec poissons idoines, alimenté par une perfusion pour opérés, et dans lequel le fils, qui siffle toutes les bouteilles qu’il rencontre, plus d’autres, a déversé les cendres de son géniteur, pour pouvoir cracher dessus ensuite. Vous n’auriez pas suscité une choriste sexy, sur une mini-scène, au jardin, ondulant pour ensuite effectuer des escalades, accrochée aux barreaux à l’arrière-plan. Vous n’auriez pas, non plus, décidé que le père, qui hante sa femme et son fils, lesquels l’ont supprimé, ou le supprimeront, reviendrait grimé à en devenir fantômatique, mais boosté par des connotations vaudevillesques et arborant des dentelles au col et aux poignets de sa chemise. Vous n’auriez pas eu l’idée de convier deux musiciens faussement sages mais machiavéliques, à la cour. Vous ne seriez pas dans l’univers que Denis trépidant, inquiétant, autant que délicieux affreux jojo et ses camarades peuplent à coup de gambades, pitreries suggestives ou métaphysiques, avec une trouvaille de mise en scène à la minute, musiques techno et éclairages stroboscopiques au final. Vous auriez raté le spectacle le plus inventif et le plus réjouissant de ce début d’année.

Avec Elise Carrière: la mère, Françoise Guiol: la choriste, Jean-Pierre Léonardini: le père, et Denis Lavant: le fils.
Petit Théâtre de la Colline, jusqu’au 26 mars, du mercredi au samedi à 21 heures, mardi à 19 heures, dimanche à 16 heures.
Téléphone: 01 44 62 52 52.