24 février 2006

L'Odyssée d'Homère, traduction de Ph.Jaccottet


Il fallait que le climat d’épopée s’instaure lentement. Un homme en sweat-shirt et pantalon de toile, à la carrure de rugbyman est à l’avant-scène, dans la pénombre. Il boit de l’eau dans une coupe rudimentaire, un feu modeste brille. « Ô muse… ». Sa voix est naturellement puissante, et les musiciens installés sous les cintres, encore invisibles, cordes, percussions et claviers, jouent des airs propitiatoires, rythmés dont on ne cherche pas à discerner l’origine. D’emblée on est dans la légende. Une démesure initiatique cueille progressivement le public. On se souvient: Ulysse erre, manipulé par des divinités tutélaires ou inamicales, et devient à son tour manipulateur pour cyclopes ou se laisse berner ou séduire par déesses, sirènes, et nymphes. Ayant perdu tous ses compagnons de guerre, ses navires, ses radeaux, il est ballotté presque jusqu’en vue de son Ithaque natale. Dans la deuxième partie du spectacle, ce sont ses retrouvailles avec Pénélope, abasourdissantes de tendresse, une fois levés les doutes et les derniers obstacles à la joie. A chaque épisode le récitant et héros gagne en stature, sa voix est amplifiée, modifée, par toutes sortes de techniques, le décor résolûment symbolique s’anime. Des rideaux légers se lèvent, s’affaissent, des lumières tourbillonnent, virent d’une couleur violente à une autre, des bâches se gonflent pour devenir des vagues, des fumées envahissent le plateau. Rien dans ce spectacle de trois heures et demie n’est gratuit, tout y est maîtrisé, sous l’autorité de Stéphane Fiévet, seul en scène. Economie de gestes, présence rassurante, mais énergie captivante, il respecte parfaitement la traduction de Philippe Jaccottet, ses rythmes, magnifie le choix de ses mots, et porte tout à bout de bras. Epaulé par ses camarades musiciens et toute l’équipe, il nous propose ni un tour de force, ni un simple défi, mais un spectacle ingénieux, de qualité.

Avec Stéphane Fiévet: jeu, Tao Ravao: musique originale et Jean-Emile Biayenda, Hubert Le Tersec et Tao Ravao aux percussions, claviers et cordes.
Théâtre Molière-Maison de la Poésie, du 22 février au 26 mars, du mercredi au samedi à 19 h, dimanche à 17 h. Téléphone : 01 44 54 53 00