05 février 2006

Madame Raymonde, de et par Denis d'Arcangelo

Madame Raymonde, de et par Denis d’Arcangelo
à l’accordéon: Sébastien Mesnil

Sur une chaise un jeune homme engisquetté tient dans ses bras un accordéon monumental. C’est le Zèbre: Sébastien Mesnil. Ineffable, un tantinet indéchiffrable, il accompagnera en douce la dame et chantera, seul ou avec elle, puis empoignera son instrument devenu bandonéon pour compositions style Astor Piazzola. Elle déboule, imposante, gracieuse, enjouée. Bandeau genre turban et boucles d’oreilles pour une Arletty des Monstres Sacrés, années Cocteau (revisitez vos sixties). Madame Raymonde arbore un sautoir de fausses perles, une robe courte mettant en valeur ses avant-bras de danseuse quasi-classique et le galbe de ses mollets. Escarpins à talons, aplomb d’un Cosaque du Don ou d’une danseuse de flamenco. Cette madame, peut-être mère universelle ou de rechange, dont la vie n’a pas été forcément un lit de roses, femme forte, ravageuse-née ou ravagée, qui n’a ni sa prunelle, ni son franc-parler dans son bref sac à main statutaire ressemble à Raymonde, mais où Denis l’a-t-il dénichée? Et Arletty, qu’il a rencontrée, que lui a-t-elle légué? Est-ce « l’âme épanouie » qu’évoque Christian Gilles, son biographe, ou un brin de cette « gouaillle de Paris, la distinction, la drôlerie et la tendresse, le rire et l’émotion » selon Marcel Carné. Selon les chansons montmartroises, pigalloises, mais avec incursions dans des univers plus âpres, tel celui de Kurt Weill (le Bal à Bilbao est un des très jolis moments du spectacle), Denis nous offre des pastiches et des parodies de textes ou de chansons utra-connus, voire rabachés. Cocasseries, surréalisteries, mais aussi poèmes simples et vrais signés Mac Orlan, Vian, Brassens, Leprest. Il les chante live, sans effets, comme s’il les inventait. Après avoir évoqué tant de femmes malmenées ou malmenantes, il décrète joliment: « Il y a des gens qui ont des problèmes autrement plus importants que les nôtres.». Message reçu cinq-cinq. Vous comprenez pourquoi on aime cette Raymonde-ci et ce Denis-là, tendrement qualifié d’insensé par la critique, qui, insolent, performant, désarme.
Vingtième Théâtre. Jusqu'au 26 février, du mercredi au samedi à 21h30,
et à 17h30 le dimanche.Téléphone: 01 43 66 01 13