22 février 2006

Maldoror, d'après Lautréamont


Le choix des passages pris parmi les soixante strophes et l’« adaptation » de ce collage de textes, dont on sait que certains furent pompés dans des encyclopédies et à peine recyclés par Isidore Ducasse, met mal à l’aise, malmène. Pour ses comédiens: Thibaut Corrion, Clémentine Marmey et Clémentine Pons, Jean-François Mariotti a voulu un montage des passages, dont la plupart sont scabreux, forcément révulsants. Le personnage qu’on découvre au début, est affligé d'un énorme masque de tête de mort, grimaçant et plus malsain qu’hideux. Tout le reste est à l’avenant. Sur fond de musiques sympathiques au piano, seule chose esthétique du spectacle, les comédiennes, brune ou blonde, robes et bottes noires, sont des espèces de goules, de Barbarella, aux lèvres quasi-botoxées, personnages de BD monstrueuses, bavant, aux voix parfois mal placées. Elles disent leur texte presque automatiquement. (Peut-être est-ce seulement dû à l'effet " premières"?) Des coups de tonnerre ponctuent certains épisodes. Le comédien a des boucles de cheveux genre peroxydés de héros pasolinien, des moues vaguement hallucinées, il débite ses phrases sur une seule note. Il entr’ouvre son veston rouge, sale, pour exhiber son torse, va au tapis un temps, se relève, on ne sait pas pourquoi, et c’est la fin. Provocation pure, ce Maldoror maladroit (nous n'irons pas jusqu'à malodorant, ce serait malséant) risque de trouver un public complaisant ou émoustillé, qui passera peut-être à côté de l’écrivain, écorché plus vif que vif, mais dont les remises en question de la littérature de son temps comptèrent. Relisez-le plutôt, relisez-le quand même. Sans rancune la compagnie... Celle qui propose la soirée, s'intitule l'Héautontimorouménos, soit, si nos souvenirs sont exacts: "Le bourreau de soi-même".

Théâtre Les Déchargeurs, du mardi au samedi à 20 heures, téléphone: 08 92 70 12
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