26 février 2006

Pygmalion, de George-Bernard Shaw


Higgins, personnage central de la pièce, est un spécialiste de cette phonétique qui a fasciné les universitaires à qui elle a permis de transcrire la hauteur et la longueur des sons, les accentuations et les intonations susceptibles de trahir, plus vite que ses manières, le niveau social d’un individu. Facteur de discrimination, s’il en fut. Eliza, vendeuse de fleurs sur les marches du théâtre de Covent Garden est une cockney qui met à mal la langue des bons quartiers et manie un argot imagé. Claude-André Puget, l’adaptateur, a fait de son Higgins un redresseur de fautes de langage et de grammaire, non pas d’accents locaux. La transposition fonctionne. Mais comment une femme aussi suave que Madame-Mère Higgins (Danièle Lebrun), a-t-elle pu mettre au monde un individu aussi hypocondriaque, adolescent-mal-prolongé, machiste parfaitement inconséquent, que celui que nous propose Nicolas Vaude? Barbara Schulz, Eliza, est estomaquante. De pétulante, gesticulante, cocasse, gaffeuse, elle devient sobre, élégantissime, puis digne, façon héroïne de pièce classique. Elle avait demander à Higgins qu’il la transforme, ne sachant ni vraiment en quoi ni pourquoi, cette petite faille justifira peut-être la fin. Notre Guitry ne stigmatisera pas la complexité des rapports entre hommes et femmes avec autant d’humour, de cynisme ou de brio que le fait l’auteur irlandais. Lumières, costumes, mise en scène et décors raffinés avec effets et transformations, l’ensemble est un ravissement, et les douze comédiens tous à citer. Merci à Odile Mallet pour ce rôle modeste mais désopilant d’impeccable gouvernante au service du professeur, mais qui n’en pense pas moins et donne le ton dès le départ.

Mise en scène de Nicolas Briançon, avec Barbara Schulz, Nicolas Vaude, Danièle Lebrun, Henri Courseaux.
Théâtre Comédia, du mardi au vendredi à 20h30, samedi à 21h, matinée samedi et dimanche à 17h30. Téléphone 01 42 38 22 22