15 mars 2006

6 mois au fond d'un bureau, de Laurent Laurent

Ils sont six, derrière une longue et rutilante table avec claviers. Soit une blondinette, jupe froufroutante et lunettes rigolottes, une dame péremptoire à lunettes plus grosses, une créature affriolante avec bottes à talons de quinze centimètres au moins. Des messieurs, à leurs côtés, pianotent à tout va, dont un bègue, obstiné et vaguement pathétique. Un quinqua prématurément courbé, boutanchera à chaque pot, genre départ en retraite. Cependant qu’un stagiaire discret empoignera sa guitare quand il le faudra. Le patron, massif, coupe de cheveux style pelle à tarte, plastronne, il est de plus en plus souvent aux côtés d’elle, la sous-chefesse, flamboyante, tailleur moulant et voix à modulations de sirène. Ca convoque son personnel à des réunions de travail, à des briefings où ça l’assomme à coup d’un charabia formaté, inaccessible à quiconque n’a pas été immergé dans le monde de l’entreprise, comprenez la machine à fabriquer des consommateurs. Le super-boss pontifie, son discours-à-lui, rectitudes consensuelles ciblées, consterne. Plutôt mal sapé, Laurent, trentenaire, a déboulé dans le bureau. A la recherche d’un emploi, il sera tour à tour grouillot, intégré dans l’entreprise, contestataire, chef de rébellion dans un microcosme où tout le monde s’exaspère. Petit conte moral et tout à fait immoral, ça s’emballe. Rock, musique symphonique, offenbachienne, mini-ballets de tabourets à roulettes qui font virevolter vos personnages assis dessus, ça tourne-manège avec la légèreté et la fantaisie d’une comédie musicale. Episodes quasi-phantasmés, ça survolte. Crises de nerfs, suite aux revendications du personnel, mises à mal vengeresses des gobelets pour machine à café, qu’on écrase comme on le fera des documents et dossiers crachés par une photocopieuse forcément horripilante. Re-rasades, dès que les patrons ont tourné leurs semelles. Chaos final, et sa conclusion mélancolique. Travail scénographique fastueux dont la meneuse de jeu est Stéphanie Chévara. Ses comédiens et comédiennes composent ou imposent des personnages qui ne basculeront jamais dans la caricature, mais resteront dans une dérision salutaire. C’est drôle, généreux, excellent.

Théâtre du Chaudron (Cartoucherie de Vincennes) jusqu’au 26 mars, du lund au samedi à 20 h, le dimanche à 18h30. Téléphone : 01 43 28 97 04
Théâtre de Thouars, le jeudi 30 mars à 20h30
Théâtre de Chartres le vendredi 7 avril à 20 h30