25 mars 2006

Belles vagadondes, textes de Colette

En 1913, à la Gaîté Montparnasse, se démarquant de ses consoeurs en pantomime artistique aux Folies-Bergère, camouflées sous des maillots couleur chair, Colette fit scandale en exhibant un sein tout nu. C’est dans la salle délicieusement surannée du Tambour Royal, où elle aurait pu se produire, qu’ont élu domicile les trois protagonistes de ce spectacle dérangeant. Si elles se relaient ou s’unissent pour convier l’auteur à coups d’extraits de romans assortis de mélodies, de chansons pour cabaret, rengaines à l’époque, elles ont refusé le cliché de celle qui, de mari-initiateur en amantes, puis initiatrice elle-même, dotée providentiellement d’un amour indéfectible de la nature, des bêtes et des nourritures terrestres, n’aurait été qu’une hédoniste, se repaîssant de sensations. Leur Colette est âpre, aussi rugueuse que son accent bourguignon, féministe forcenée avant la lettre et légèrement cynique, avec ou sans compromissions. La femme en trois exemplaires péremptoires mais subjugantes se déshabille indéfiniment dans une loge de fortune pour tournée miteuse, ré-arbore des tenues qui exaltent et nient sa féminité à la fois. Ecrire, faire la chasse à l’amour, aimer cependant, être entre irréel et réel, refuser de souffrir. Les comédiennes-musiciennes chantent et jouent de leur grand piano. On s'en repaît. Les paroles des airs qu’elles ont choisis, outre certains Palétuviers et Doux caboulot, gouaille de service, sont signés Francis Carco, Louise de Vilmorin, Boris Vian, et Apollinaire, entre autres. Les musiques sont de Ravel ou de Poulenc. Que voulez-vous de plus, que voudriez-vous de mieux ?

Avec Jocelyne Carissimo, Gabrielle Godart, Susanne Schmidt.
Adaptation et mise en scène de François Bourgeat. Au Théâtre du Tambour Royal, jusqu’au 14 mai. Jeudi et vendredi à 19h, samedi à 17h et dimanche à 15 h. Téléphone : 01 48 06 72 34