09 mars 2006

Chantons dans le placard, selon Michel Heim

Au temps où on se mariait encore, dans les soi-disantes ‘bonnes’ familles, il se trouvait toujours un bambin candide pour demander: « Bonne-Maman, pourquoi Oncle Henry (Raymond ou Marcel) n’est pas marié ? » L’aimable aïeule arborait un sourire crispé, se râclait discrètement la gorge, et répondait: « Il n’aime pas les dames. » Et de passer vite-vite à autrechose. Ô Montherlant, Radiguet, Proust et autres ‘invertis’, vos œuvres étaient alors décrétées profondément nocives du fait de vos mœurs, avouées ou pas. Pour désigner les homosexuels déclarés et pratiquant, les Anglo-Saxons, ont inventé le mot gay, soit Good As You. Cher Denis d’Arcangelo, c’est de votre faute si on est gagné par la tentation d’une certaine pédagogie. Vous nous donnez envie de ré-envisager ce qui a marqué des générations, et que vous ressuscitez, de façon si juste, grâce à ces chansons entêtantes que nous fredonnions sans arrière-pensées, et dont nous n’avions pas envisagé qu’elles avaient des double-fonds. Ce spectacle en deux temps se donne dans un merveilleux ex-dancing, face à la plus vieille maison répertoriée à Paris, à deux enjambées de la rue des Vertus. Sa trame est plutôt un prétexte. Jugez-en: un jeune chanteur auditionnant pour une comédie musicale doit présenter une chanson ‘gay’. Il s’adresse à un maître, soit vous, Denis, qui lui faites réviser, revisiter le déchirant Aznavour de « Comme ils disent », la Barbara de « Qui est qui », Trénet et son « Abbé à l’harmonium », et aussi Anne Sylvestre, Suzy Solidor, Régine. Plus explicite encore, cet « Il en est » (de la pédale, de la jaquette flottante, comme on disait alors, ô florilèges !) selon Fernandel. Soit une petite trentaine de chansons chantées par maître et élève, adroitement accompagnées au piano. Bien joué ! Patrick Laviosa et Benoît Romain, respectivement comédiens, compositeurs, chanteurs ou danseurs et interprètes, se sentent chez eux et à l’aise dans ce spectacle.

Ecrit par Michel Heim, mis en scène par Christophe et Stéphane Botti.
Au Tango, rue Au Maire jusqu’au 27 avril, les mardis, mercredis et jeudis à 20h30. Téléphone : 01 48 87 25 71.