03 mars 2006

Cosmicomics, d'Italo Calvino


Le Cosmicomics qui a atterri au théâtre de la Huchette est un assemblage bienheureux de récits choisis parmi les douze du recueil de cet auteur dont on a envie de dire (avec Malraux ?) qu’à l’instar de Shakespeare, homme de cette Renaissance qui s’acharnait à tout explorer, quand on le lit, on a l’impression de déchiqueter la cervelle d’un jaguar. Italo n’est peut-être pas un jaguar, mais c’est certainement un cerveau et un animal redoutables. Rivé à son téléscope, il traque le rebord des mondes, interroge les galaxies, chevauche les années-lumière avec les mêmes pseudo-perplexité et soif d’aventures, marquant les points où il passe, avouant pourtant son incapacité à compter les tours de la galaxie. Le message venu d’une autre d’entre elles s’inscrit sur un carton, il va y répondre par d’autres simplistes, voyez e-mails, et elle fera pareil. Il se persuade que quelqu’un l’observe qui lui fournira « l’unique vérité possible » sur lui-même. Au trois, il est dans l’eau, attaché à une roche, sensible au « message féminin que la mer lui lance », se métamorphosant en coquille d’escargot, forme même du monde, l’animal ne cherche pas à capter des images, tandis que le personnage d’Italo: Qfwfq prend conscience de la magie des yeux qui inventent l’univers. Entre-temps, il est devenu amoureux. Intensité impose, on reçoit un texte foisonnant, burlesque, et ce singulier Yohann Mateo Albaladejo, sa présence et sa voix, avec la même fascination. Ce qu’installent, entre autres, la loupe qu’il pose sur le haut de son visage, l’aquarium derrière lequel il se réfugie, les gants de couleur qui donnent à ses mains des pouvoirs en plus, c’est une magie pure, sans aucun tour de…

Mise en scène Claude Bonin, avec Yohann Mateo Albaladejo.
Théâtre de La Huchette, chaque samedi à 21 heures.
Téléphone : 01 43 26 38 99