11 mars 2006

Foley, de Michael West

Emerge d’une courte baignoire à l’ancienne un homme au torse puissant. A la cour un magnétophone à bandes, genre vos défunts Revox, se déclenchera seul, une voix commentera.
A l’arrière-plan un écran blanc, neutre. S’y inscrira le roman-film, partition muette mais à part entière, enchaînant images rassurantes, étranges ou simplement parlantes. Le cœur de votre Irlande est là. Une jeune femme en noir (Lisa Fuchs, magnétique) se jette à terre, repte, enchaîne des acrobaties chorégraphiées, se perche sur la baignoire, met doucement la main dans celle de l’homme qui feint de l’ignorer. Muse, double, révélatrice, antithèse devenue indissociable ou encore cette soeur plus qu’aimée du narrateur-conteur, morte à treize ans. (Gros plan, au fond, sur des verres avec reflets élégants… Béa, êtiez-vous aussi la Laura d’une Ménagerie selon Tennessee ?) Lisa est encore le symptôme des non-dits statutaires dans cette famille de gentlemen ruraux qui ne se ‘lâchent’ qu’à cheval, en musique, ou encore dans la rugosité d’un humour métaphysiquement féroce, plus Beckettien qu’Oscarwildien. Lui, ce marathonien plus qu’empathique de Loïc Brabant, raconte en force sa quête d’identité. Ayant enfin compris que, condamné à porter le même prénom de son père, cet auguste George, et aussi son patronyme, soit une certaine folie déraisonnable puisque « Life is but a dream », il finira par accepter d’être l’héritier, malgré lui, d’une lignée qu’il souhaitait récuser. On vous passe l’épisode où, Protestant irréductible, il a pris pour femme une Catholique, soit une transgression sans intérêt et qui s’avèrera navrante. D’abord dans le plus simple appareil, il ceint une serviette, de bains, évidemment, enfile un caleçon, puis une combinaison blanche, et finalement un costume aussi respectablement noir que ses souliers. Tous les niveaux symboliques se prennent en relais et la collaboration exploratoire entre traducteur, metteur en scène, interprêtes et leurs camarades en font ce must musclé que vous verrez les jeudi et vendredi 18 et 19 mai à 20h30 à l’Hippodrome de Douai-Scène Nationale, et selon les dates qui s’afficheront sur notre blog attentif.

Mise en scène: Laurent Hata, avec Loïc Brabant et Lisa Fuchs. Images: Mylène Benoit, création sonore: Philippe Gordiani, lumières : Olivier Floury et costumes: Natahalie Charbaut.
Compagnie Anima Motrix. Téléphone: 03 21 68 45 64