10 mars 2006

Ivanov, d'Anton Tchekhov

Grâce à son Ivanov, Tchekhov dérange énormément, une fois de plus, lui qui prétendait être auteur comique, et surtout de vaudevilles. L’intrigue est simplissime, même s’il se passe un an entre l’acte trois et l’acte quatre. Ivanov a trente-cinq ans. Bien sûr, à l’époque, on est presque déjà vieux à cet âge. Il appartient à un milieu aristocratique, mais sa femme est issue d’une communauté juive et riche. Tuberculeuse, on comprend qu’elle ne fera pas de vieux os. Une jeune et charmante fille de vingt ans est prête à prendre le relais, le jour où cet auto-proclamé pauvre type, mais qu’elle considère comme un homme bon, sincère, incompris, donc digne d’intérêt, sera veuf. Des parents et voisins omniprésents gravitent autour d’eux, prêts à faire leur auto-critique et dire, même et surtout si on ne le leur demande pas, leur ennui, leur lassitude de la vie, de ses aléas et cocasseries, autant qu’à se verser des rasades de vodka. Passer des pleurs aux rires, boire, chanter, avouer ses fautes à l’Eternel, l’invoquer pour le révoquer, battre sa coulpe, et puis recommencer, parce que vitalité et passion pour la vie obligent. Tournez petits manèges et clichés d’une identité slave. Bien sûr, à l’arrivée, il y a deux morts, presque sur scène, mais on sort de ce spectacle avec le souvenir d’une soirée festive: les oisifs distingués sont là, attablés, et tout reste possible. Le décor peu chargé est à transformations, avec contrastes d’ambiances et de couleurs. Les comédiens ont visiblement aimé adopter le rythme voulu par Franck Berthier. Pour votre bonheur Nadine Alari est Nazarovna: « Vieille femme à la profession mal définie », mère de huit enfants et autre avatar de la Nounou d’Oncle Vania, si solide, si pratique, si hors-course, donc et à contrario, si nécessaire.

Mise en scène de Franck Berthier, avec une distribution prestigieuse et performante.
Théâtre Silvia Monfort jusqu'au 30 avril, du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 16h. Téléphone : 01 56 08 33 88