02 mars 2006

La Ménagerie de Verre, de Tennessee Williams


La pièce de votre jeunesse, celle du ‘doux’ oiseau devenu amer, qui n’a pas toujours eu de pattes pour se poser, est signée Thomas Lanier Williams. Patrice Douchet qui la monte, l’a transposée. Le porte-parole et clône de l’auteur, Tom (Guillaume Chapet), rejeton d’une famille du sud des Etas-Unis, revendiquant des manières raffinées, qui écrit des poèmes et rêve une part de sa vie, est devenu un affreux jojo gouailleur en petit marcel. Il n’est ni vraiment révolté, ni bouleversé par le handicap physique, gommé par Douchet, qui a amené sa soeur adorée à se réfugier dans un monde où elle courtise les variations de la lumière sur des animaux de verre qu’elle caresse. Elsa Royer, Laura, est une jeune et jolie blonde surtout pas énigmatique, au visage, à la silhouette, et aux moues rassurants. Leur mère excessive, Amanda (tonique Sophie Daull), ex-belle du sud, blessée par l’échec de son mariage et la désertion de son époux irresponsable, confrontée au manque d’argent, est une petite dame bien droite, bien mince, trépidante, qui montera sur la table à nappe brodée pour esquisser des pas de danse, histoire de démontrer ou de dépenser son trop plein d’énergie. Elle ne pourra s’empêcher de faire les yeux doux au faux prétendant de Laura, un Jim plouc, auto-satisfait et donneur de leçons malencontreuses, reconverti, ici, en bon jeune homme issu de la grande bourgeoisie de la Côte Est, ou en danseur mondain, que joue Charly Totterwiz. Un dispositif scénique étroit, un minimum d’accessoires et de meubles, sous des lumières faibles, évoquent toutes sortes de précarités. Mais à l’avant-scène, au jardin, une femme en noir (Brigitte Patient) lit intelligemment, inlassablement, les didascalies dont abusait Tennessee et qu’il transformait en récits parallèles, plus encore qu’en commentaires. Décalage ou gag: vos acteurs ne les respectent pas forcément. A cour, un musicien (Michel Deneuve) et son phonographe égrènent des musiques années trente. Au final un cadre vide descend pour que le seul visage de Laura, réfugiée sur son canapé, s’y inscrive. Des images et des séquences résolument poétiques touchent, des répliques, volontairement cocasses ou pas, déclenchent de vrais rires. Les puristes et autres fans de Williams sortiront du théâtre perplexes, ceux qui ne connaîtraient pas forcément la pièce, décrèteront que peu importe les libertés prises avec elle, puisque ce spectacle fonctionne.

Théâtre Jean Arp, Clamart, jusqu’au 12 mars, du mardi au samedi à 20h30, jeudi à 19h30, dimanche à 16h. Téléphone : 01 41 90 17 02